Billet post-moderne. Pêle-mêle: trace, présence, absence. Conscience, aussi. En plus: sexe, drogue, amputation. Ça vous saoulera avant que vous ayez terminé. Un trop-plein d’interrogations.
Trace: dose de présence dans l’écho même de l’absence.
Flâner avec l’absence.
Aujourd’hui, cette célébration jouissive;
ça se décline
comme le verbe être d’une langue morte
l’absence à toutes les personnes.
Je prends conscience: nous sommes contraints à un perpétuel exil du présent. De ce présent nous extrait constamment la conscience: penser, c’est se sortir de l’immédiat, c’est être en décalage ou en anticipation. C’est donc s’absenter de la présence, se sortir de la chair et de son rapport sensible au monde. Et c’est à cela que je travaille: la fiction n’est qu’un moyen assumé d’arriver au même détachement.
À l’opposé, jouissance sexuelle, ivresse et drogue (paradoxalement associés à des états d’absence) sont utiles à la remise au monde, à l’implantation vive dans le direct. Être ivre, c’est n’être plus qu’une chair sans conscience, et en cela, être profondément présent.
Dormir aussi.
L’inconscience est une pause dans notre exil perpétuel du présent.
Quand je me sens présent, quand j’ai conscience de l’être, ma conscience, justement, cherche m’absenter. C’est l’histoire du gars qui veut tellement profiter de la vie qu’il passe à côté. Parce qu’il est toujours en train de se poser la question: suis-je bien dans l’instant présent? suis-je à l’endroit et au moment où je dois être?
Être conscient, c’est être déjà-détaché, nécessairement absent du monde.
Si, et quand je m’absente, la conscience de l’Autre (la même conscience qui absente l’Autre) cherche à me re-susciter.
Ainsi, la trace-de-moi a une plus grande présence que moi.
C’est cette réflexion qui me taraude depuis un bon moment. Celle de la trace, de la présence dans l’absence, de l’absence qui rend présent. Il en sera question dans mon nouveau roman. Pas de cette façon, évidemment. Ça s’inscrira dans le rapport de filiation: un fils qui a perdu son père, un père qui a perdu son fils. La marque laissée par l’absence de l’un sur l’autre, la façon dont ils restent présents.
Je n’ai jamais connu mon père. Je me demande: de quelle façon cette absence est-elle présente dans ce que je suis, dans ce que je vis?
Je pense au membre fantôme d’un amputé. Quand le pauvre unijambiste sent que sa jambe coupée est toujours là à lui démanger. Quand ça lui pique sous ce pied qu’il n’a plus.
Je pense à la scarification, à la brûlure, à la marque. À l’indélébile. À l’impression durable. À l’empreinte.
Je pense aux hommes et aux femmes qu’on n’a pas connus, qu’ils soient morts ou vivants, qui ont parfois passé très succinctement dans nos vies et qui pourtant sont bien présents à notre conscience, servent de matériau de construction identitaire. J’ai quelques hommes politiques en tête, et des artistes, aussi. Les René Lévesque, les Félix Leclerc, les autres.
J’avais d’ailleurs traité de la question dans le volet créatif de mon mémoire de maîtrise en mettant dans un rapport presque intime un personnage fictif et des personnages historiques. Comme quoi il y avait déjà des traces de ce que j’écris aujourd’hui dans ce que j’écrivais alors.
Réfléchir trop. Être absence.
Être absenté par sa propre réflexion, son propre reflet sur le monde.
Il faut cesser de penser. Profiter. Refuser les questions.
Être-langue-morte
qui dit je
sans conjuguer.Ferveur italique,
démone vive.Mon cuir brûlé.



