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Un chaos derrière le mur


Exactement le genre de billet que je ne devrais pas écrire. Billet où je m’engage à (insérer ici quelque chose de banal, comme par exemple «écrire sur ce blogue à toutes les semaines») en sachant fort bien qu’à moyen terme, je n’y arriverai pas. Vous promets de belle choses, hein. Mais faites comme si rien n’était.

Hier, dimanche. Le genre de dimanche qui s’accule tu-seul au pied du mur. C’est le mur de brique d’une semaine trop chargée sur lequel je sais que je vais inévitablement me frapper. Ou alors je sais qu’il me tombera dessus.

Alors hier, dimanche, le plus vieux et mon ado de blonde se tapent Hunger Games au salon et je m’enferme dans le petite pièce voisine – mon bureau. Je sais que j’en ai long à faire, alors évidemment, je procrastine.

En fait, pour le dire plus bellement, je m’organise. Retrouve le papier, surtout. Depuis mon iPhone, j’étais passé au iCal mais j’iAimais pas ça, iPantoute. Le iPhone – à peu près juste bon à me servir d’alarme pour des rendez-vous que je n’oublie de toute façon pas, sinon qu’il prend aussi des photos -, le iPhone, dis-je, est toujours à plat, toujours oublié dans le fond d’un sac, toujours dans la poche d’une autre veste. Comme on est à la saison des quatorze manteau, je me décourage avant de le trouver. Alors la techno, v’savez.

J’ai réouvert mon vieil agenda, mort au feuilleton au début de 2012. Un bel objet, pourtant: couverture de cuir marine, coins dorés, tranche cuivrée, tout comme le signet de tissu qui y reste accroché. Il a été patient, l’agenda 2012. Ça a été payant: le voilà qui reprend du service, juste à temps pour finir l’année.
«Je te l’avais dit que tu te tannerais de ta nouvelle bebelle…», qu’il a l’air de me dire, la gueule grande ouverte sur ma table de travail.
T’avais bin raison. Comme toujours.

Renoué, autrement, avec le papier. À babord, entre deux bibliothèques déjà trop chargées, j’ai scotché: les calendriers de production de Lettres québécoises et de L’Unique, des découpures de journaux – deux photos de René Lévesque créditées à Jacques Nadeau (dont celle-ci), prélevées dans le Devoir avant qu’il ne me serve à partir le poêle. Entre autres, une fabuleuse image de Ti-Poil et Félix Leclerc, toutes (immenses) mains tendues, s’apprêtant à s’embrasser devant un gigantesque OUI en italique.

Le douze mai 1980, avec Félix Leclerc, sur la même scène.

Il y a des histoires qui ne s’écrivent encore qu’en italique.

Tout cela autour d’un horaire minuscule, découpé en plages régulières, agencées en niveaux de gris. Le tout coiffé de l’intitulé «Tenter l’organisation du chaos. Ce chaos.»
Parce que je suis comme un enfant.
Besoin d’une routine.
D’une place pour chaque chose.
D’un temps pour chaque emballement. Un moment pour chaque libération. Des battements.

petite école de Saint-André, ça sent le fleuve, le prunier au champ tout près a fait ses feuilles; j’ai sonné la cloche, mon doigt déjà long sur le bouton blanc tout près du bureau du directeur – c’est moi qui l’ai fait, j’ai sonné la cloche; nous sommes dehors, une cinquantaine, pas beaucoup plus, mon ami et moi ensemble et à l’écart, à réinventer le territoire de la cour, à le parsemer de déserts et de pays en guerre, à refaire le monde, déjà; puis, Madame Desjardins, grande et sèche, se lève du banc de bois à la peinture écaillée où elle était assise avec les autres, et de ses mains fines, trop longues au bout de ses bras maigrelets et tapissés d’éphélides, elle claque le retour en classe de trois coups conventionnels; de sa voix puissante mais à la fois fragile, elle annonce: le battement est terminé
le battement est terminé

Chaque chose à son temps. Alors, penser à tout, tous les instants, toutes les envies, à toutes les nécessités:

  • théâtre: parce qu’il faut en lire beaucoup pour en écrire encore un peu. Il y a Les mains de Jonathan (j’y reviendrai) et cet autre projet dont le titre très provisoire est encore Air libre (j’y reviendrai sans doute aussi).
  • lecture: parsemée ici et là. Parce que si je ne m’y contrains pas, je ne lis pas assez. Je viens de commencer Sur la route, de Kerouac. Vous avez le droit de me dire qu’il était temps.
  • roman: la plus belle part de l’horaire, il le faut bien. M’intéresse à la brûlure – il fallait bien que ça vienne…
  • poésie: sera sans doute le rendez-vous le plus difficile à respecter, elle qui ne supporte pas les contraintes, mais si je ne sais plus en écrire, je n’aurai qu’à en lire, j’imagine.
  • entraînement: juste d’y penser, j’angoisse un peu (et à la relecture, j’angoisse encore plus!).
  • Lettres québécoises: pour ne plus être trop à la dernière minute.
  • L’Unique: parce que c’est un peu à toutes les semaines, j’en suis le premier surpris.
  • Le lundi PM, ce sera ROC: Recherche, Organisation et Comptabilité – sans doute sur fond de Deep Purple. Ça va être class.
  • Les travaux de la maison, commissions, épicerie, ménage, lavage, vaisselle, devoirs – faut ce qu’il faut. C’est aussi ça, écrire à temps «plein».
  • Surtout, du temps pour bloguer. Ici, aussi sur le blogue de L’Unique, sur In absentia et sur le nouveau Écrits de Lanaudière.

Je me dis que si j’arrive à respecter un peu tout le reste, j’aurai sans doute quelque chose à dire quand viendra l’heure de retrouver mon Carnet de flânage. Sans doute. Sauf que vous aurez compris qu’il y a beaucoup, beaucoup de bonne volonté dans tout ça. «Quand on sait que la bonne foi (volonté), c’est pire que tout», aurait dû plus sagement chanter Daniel Bélanger. J’ai touuuut-à-fait-confiance que je réussirai à respecter touuutes ces contraintes.
Bien parti pour ça, d’ailleurs.

Ce matin:

autobus en retard -> préparer mon café et m’inquiéter -> virailler en robe de chambre dans la maison -> faire le rang pour voir si rien n’est arrivé (toujours en robe de chambre) -> aller porter tous les enfants du rang à l’école (toujours en robe de chambre) -> revenir échevelé à la maison (toujours en robe de chambre) -> me rendre compte que déjà (déjà!) j’ai débordé sur mon horaire et ma douche n’est même pas prise

Bah. De toute façon, cette semaine, il y a le mur. Ce mur, v’savez. Celui au pied duquel était acculé mon dimanche d’hier. Bâti sur des réunions (dont ma première pour la Quinzaine du livre de Lanaudière, hâte de voir ça), des rendez-vous, des entrevues (dois jaser polar avec Martin Michaud ce PM, ce qui risque d’être particulièrement chouette), des tombées (pour Lettres québécoises ET L’Unique, misère de pigiste!) – et le Salon du livre de Montréal, évidemment.

Ça va être une semaine The Wall, genre. Sauf que le show pourrait bien ne pas aboutir. Quand l’armée de techniciens se rendra compte que les briques, c’est des vraies. Des solides. Des pesantes. On voudra plutôt chanter autre chose.

Must the show go on?
Ooooh P’a, Take me home, take me home, take me home
Ooooh M’a, Let me go, let me go, let me go

Si je ne frappe pas le mur, c’est qu’il me sera tombé dessus.

Bienvenue contre mon mur.
J’organiserai mieux le chaos derrière quand je l’aurai traversé.
J’ai un horaire tout prêt pour ça.

Si ça adonne, je le respecterai.


Suggestibilité et faux souvenir


Les distorsions de mémoire résultent de la combinaison erronée d’informations anciennes (correspondant à des faits réels) et d’informations nouvelles, soit spontanément acquises, soit suggérées par quelqu’un d’autre. (Tout sur la mémoire, Bernard Croisile, p. 355)

Voilà le jeu que je me propose de jouer dans l’écriture de mon nouveau roman. Celui de la mémoire détournée/qui se détourne. Réconcilier réel et fiction, non seulement en croisant des faits historiques et issus de l’imaginaire (comme pour n’importe quel roman), mais en mettant en scène un tel métissage, l’incarnant dans un personnage pour qui le rapport à la mémoire est fragile et incertain. Sont particulièrement intéressants les phénomènes de la suggestibilité (trace perceptive déformée) et du faux souvenir (trace perceptive créée) tels que présentés par Croisile.

La question demeurera: celle de la vérité. Qu’est-ce qui sera vrai/imaginé/transformé? Au final, pourrons-nous l’établir?

Le danger auquel je m’expose: comment faire prendre conscience au lecteur de cette incertitude? Comment le faire douter, sans le trahir, mais surtout, sans imposer cette incertitude comme une vérité immuable, comme une certitude, justement…

L’histoire se pose doucement. Les moyens narratifs sont encore à découvrir. Ça viendra.


M’ennuie de ma vieille gibecière


Drôle. Moi qui pensais qu’il n’y avait que des bots qui visitaient ce blogue. Surtout que je ne suis pas très régulier. J’ai été surpris de recevoir ces messages d’encouragements et de félicitations après avoir publié la nouvelle de ma bourse du CAC sur \ cris écrits /. Même une journaliste du Progrès Dimanche m’a contacté. Elle avait lu mon billet. Son article sera publié dimanche.
J’avais toujours perçu ce blogue plutôt comme un carnet de route, une espèce de journal. Le lieu de quelque réflexion. Remarquez, ça ne change rien à la patente.
Me suis acheté un cahier tout neuf, hier. Il n’est pas particulièrement beau, mais à peu près indestructible. On peut le torturer, en faire un rouleau, l’ouvrir à 360° (sans pour autant être relié en spirale). Bref, on l’a imaginé pour moi.
J’espère garder des traces de tout le processus d’écriture de mon nouveau roman, dans ce cahier. Écrire des bribes de narration, sans doute aussi, mais je ne pense pas réussir à n’écrire que là. C’est que j’ai une maladie rare: je suis maniaque des calepins. Il en traîne partout, et j’y écris en fouillis des vers, des bribes de toutes sortes d’histoires pêles-mêles. Le cahier que je viens d’acheter ne sera donc pas à proprement parler pour la création du nouveau roman, seulement un témoin de ma démarche. Entre autres, des traces d’entrevues. J’ai d’ailleurs déniché, quelque part dans le bas du fleuve, l’authentique fille d’un authentique gardien de phare. J’ai hâte de lui parler.
J’aimerais beaucoup me trouver une espèce de sac à main. Je trouve ma malette (achetée pour mon portable) un peu trop grosse pour la traîner partout. Il me faudrait un petit sac où rentrerait mon cahier roulé, quelques crayons, un petit appareil photo… Une espèce de baise-en-ville pour l’écriture. J’avais, avant l’incendie de la maison, une vieille gibecière très efficace pour ça. Elle avait la gueule un peu échancrée, sinon, c’était parfait. C’est ce qui manque le plus, après un incendie: du vieux. Faudrait que j’aille faire une razzia dans les marchés aux puces.
Cette nuit, plutôt que de travailler sur un contrat à finir, et plut que de dormir, j’ai défloré mon cahier. Et ce matin, je relis avec plaisir. Ce n’est absolument pas parfait. Mais j’y suis. Ça y est. Ça veut vivre. Ça m’inonde, refluant par tous les pores de mon imaginaire.
Quelle vie magnifique.

Les titres: organisation des écrits


Il y a la question des titres. Rien n’est plus incertain qu’un titre. Parce que c’est le sceau qui scelle la missive et empêche d’y faire toute modification.

Attendre à la fin de l’acte d’écriture?
Impossible. J’écris des centaines de titres, des milliers de titres, ils surgissent, comme des vers ponctuels et indépendants, qui veulent englober, voraces, qui veulent absorber. Mais lorsque le texte continue de s’écrire, il déborde nécessairement.
Le problème? Ce n’est pas si grave. C’est pour le classement. Parce que j’ai plusieurs projets de front. Pour bien ranger tout ça, que ce soit dans l’ordinateur ou dans le classeur, il faut titrer les documents, étiqueter les dossiers…
Je ne peux pas choisir "roman 1", "roman 2", pas plus qu’un classement alphabétique, puisque ça ne fait pas que classer, ça ordonne. Et je ne peux pas accepter de donner prédominance à l’un ou l’autre texte. Je me contente pour l’instant de modifier le titre de mes documents (et de consommer une quantité phénoménale d’étiquettes). Mais il faudra trouver une façon d’organiser tout ça. Parce que quand vient le temps de faire une organisation web (par exemple, les libellés de ce blogue), je sais que je ne pourrai pas les modifier sans changer les tags de tous les billets précédents. Problématique…

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