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Belle condamnée


vent qui pogne des échardes dans l’épinette aux bras en relâche

ma belle condamnée qui respire une

bruine qui fait goutter fort la toiture de tôle sur le bombé d’une pierre

bruissement étouffé du ventilo de l’ordinateur

bruant à gorge blanche et anonymes piailleurs

thé amer, fouillis de paperasse, dans l’humidité de l’écurie

ma belle condamnée répandue au pied,

oeil lâche, patte repliée

 

je m’enfarge dans mon clavier, chute lente dans l’air confortable

nous mourons ensemble sur la sécante

d’un paysage brisé

empoisonnés de thé froid et de lumière grise

dans l’inconnu densifié

 

quand je la touche, c’est mon corps que je sens partir


Monologue: T’sais, quand ça goûte un peu amer


Si ça va? Bin oui, ça va. Sauf que ma jeune chienne a un cancer inopérable pis ça r’garde pour qu’a parte avant l’vieux. C’lui-là, on s’y serait attendu un peu, t’sais, avec la raideur des pattes quand il revient du bois d’en face, pis avec le voile blanchâtre qu’il a dans l’oeil, itou, pis avec le poil qui’i grisonne dans face. T’sais, c’lui-là, c’est vrai, on s’y serait attendu, mais pas elle, pas ma grosse fille.

Pas ma seule fille.

J’sais bin qu’c'est con. C’est juste un chien, pis j’ai pas le droit de dire ça, qu’c'est ma fille. Mais sérieux, quand j’ai farmé ma gueule, quand j’ai pris su’moé de jamais en avoir de fille à moé, c’est un peu su’elle que j’ai j’té l’amour en trop qui m’restait dans le corps. J’sais bin qu’c'est juste un chien pis que ç’a rien à voir. C’est justement un peu ça l’problème. Si c’tait pas juste un chien, y’a rien qui s’rait trop cher pour la soigner, même sans savoir, t’sais, sans savoir si ça va marcher. Mais là, c’est juste un chien. J’peux la r’garder vivre, j’peux la gâter, j’peux m’dire que c’est pu grave si a fait c’qu’a veut. Mais j’peux pas m’endetter, j’peux pas r’virer ma vie de tou’es bords, pas pour ça. On l’a fait pour plus important, t’sais, on l’a fait pour mon fils. Mais pour ma grosse fille, on l’f'ra pas, ça s’fait pas. Ça s’fait juste pas.

Ah, pis aussi, j’t'ai pas dit, y’a ma laveuse, c’t'une affaire qui nous avait coûté cher, t’sais, après l’incendie, on s’tait dit, une belle frontale, on va prendre quelq’chose de qualité, pour pas que ça nous lâche dans les mains, on va être clairés pour une coupl’d'années, bin ma laveuse, j’t'ai pas dit, la porte est arrachée, t’imagines-tu? La porte est arrachée. J’sais pas ce qui a pu arriver. Peut-être mon plus jeune qui aurait essayé de grimper. Y’aurait pas fait ça pour mal faire.

Je te comprends de te farmer la yeule, c’est vrai qu’y'a rien a dire.

Pis t’sais-tu l’pire, t’sais-tu quoi? J’ai comme pas vraiment les moyens qu’i’ faut pour régler des affaires de-même autrement qu’en gossant d’quoi. J’vas mettre d’la colle, j’pense, pis j’vas espérer. J’ai fait ça toute ma vie, faque j’vas l’faire encore, j’vas mettre d’la colle pis j’vas espérer. Parce que pour le reste, c’est sûr, j’ai pas les moyens. Parce que vois-tu, j’t'en parle pas souvent, mais la maison, là, celle à Chicoutimi, t’sais, la belle maison, bin est toujours pas vendue. ‘est vide, ‘est frette, a’l'étouffe dans le silence qui y grouille dans l’dedans, tu l’connais, c’est c’te silence rongeur, c’t'à cause de lui que tu t’farmes la yeule, encore.

Faque c’est ça. Tu veux savoir si ça va? Ouais. Ouo-ouais. Ça va. Mais ça goûte un peu amer, t’sais.

C’est ça. Ça va comme ça goûte, t’sais, quand ça goûte un peu amer.


Tranche de nuit


Pomme-Save (-s), 66 pages. Ça fait 7 de plus que ce matin. Et il y en a 45 qui patientent dans un autre document, magma incandescent prêt à se figer. La bière est bonne, la nuit aussi. Et même si je fais des erreurs comme "sur la commode tout prêts" (sic) et "Ses mains glissent sur mes faissent" (resic), je veux bien continuer.

Je me fous d’être probablement le seul auteur à se faire ses propres "sic". Cette nuit pourrait bien ne pas finir que je n’en serais pas moins heureux.

La vie est bonne. J’écris.


Serai jamais comédien


Je reviens de là crevé.

Je ne serai jamais comédien (ni acteur, faites la différence que vous voulez), ça fait longtemps que je le sais (disons que j’en avais l’intuition), mais après cette aventure, je saurai pourquoi. C’est ce travail… qui me brasse le corps… qui me brasse la tête… parce qu’enfin, il faut bien que ce-que-je-bouge teinte ce-que-j’écrirai. Et c’est ce qui me brasse le dedans. Crisse, j’ai versé ma larme. Pas pour faire cute. Pas pour faire plus vrai. Pas parce que je m’étais mis en posture émotionnellement réceptive. Pas parce que je le voulais. Mais parce que travailler avec son corps, ça fait mal au-dehors, parfois, quand on se frotte les genoux sur le béton froid du sous-sol d’une église, mais surtout, ça fait mal au-dedans. Parce qu’être vulnérable – et accepter de l’être – c’est ce que ça fait, mal au-dedans. Parce que se donner en pâture aux corneilles, même à celles que j’ai écrites moi-même, c’est savoir qu’il y a un risque que ça fasse encore un peu plus mal au-dedans. Et qu’avec tout ça, bin le dedans a tendance à vouloir te dire: "Wôôô-là! Dans quoi c’est que tu t’es encore embarqué!"

Mais c’est pas juste mon corps, qui fait mal. C’est le sien à elle, celui de Sara, cette façon à la fois ingénue et assurée qu’elle a de donner du corps à Marie, et de donner du corps à la Farouche. Crisse, j’ai versé ma larme (encore). Parce que les images qui m’ont fait mal au moment de les écrire deviennent insupportables quand elles embrassent le corps de cette jeune femme. Y’a pas moyen de séparer le vrai du faux, dans tout ça, parce que le subjectif est bien pire que la vérité ou la fiction. Et quand ça me prend, c’est douloureux. Et quand ça lui traverse le corps, ça devient insupportable.

Je reviens de là crevé. Je sais pas comment ils font, tous ces amis comédiens qui font ça de leur vie. Je ne serai jamais comédien (ni acteur, faites la différence que vous voulez), ça fait longtemps que je le sais (disons que j’en avais l’intuition), mais avec cette aventure, je sais de plus en plus pourquoi.


Jouer avec mon corps


J’ai eu une certaine pudeur quand est venu le temps de parler de notre première rencontre. Je me trouvais peut-être trop enthousiaste. Un peu naïf, peut-être. C’était trop beau pour être vrai.

Mais il fallait me voir faire le pître dans le stationnement du Centre culturel du mont Jacob, ce soir, suivant le plus près de la lettre possible ses indications ésotérico-technique pour défaire les noeuds de mon corps. Faire des bah par les tripes, des mah avec tout le corps, soupirer par tous les pores, me secouer, me plier, trouver ce tube qui me traverse pour résonner. Bref, elle m’a fait faire toutes sortes d’exercices normalement réservés aux comédiens. Ceux qu’ils font dans l’antre de la loge, à l’abri des regards, avant chaque représentation. Pour s’ouvrir la voix.

Puis, assis sur le cutter, le paysage à nos pieds, j’ai fini l’exercice en essayant (le mot est faible) de lire à haute voix un texte choisi pour l’occasion. Un genre de défi. De défi pas facile pantoute.

J’écris par les oreilles. Qu’il a écrit. C’est Valère Novarina, le type sur la photo juste là, dans sa Lettre aux acteurs. Écrire par les oreilles. N’est-ce pas là un peu ce que je me tue à essayer d’expliquer aux journalistes quand ils me parlent de mes livres? Quand je dis qu’il faut que ça me traverse le corps… Qu’il faut que je l’entende… Pour savoir si c’est ainsi que je dois l’écrire?

Faque, accroché quelque part dans le ciel du mont Jacob, après avoir essayé de respirer du ventre et de projeter du coccyx, fallait que ce texte là me sorte de tout le corps, un texte que je n’avais jamais lu, jamais compris, jamais imaginé même l’existence. Ça a donné ce que ça devait donner: des fourchures de langue, des envolées incontrôlées, des hésitations et des trébuchements, du beuglage de trop, du souffle perdu au bout du bout du fond du trou du corps, la peur de me noyer dans ma propre salive, quelques moments quasi extatiques (c’est un ex-cel-lent texte, je crois bien qu’il est en train de changer ma vie, c’est pas une farce), et surtout, beaucoup de plaisir. En tout cas, j’ai eu du plaisir. Je pense que c’était partagé.

Pourquoi est-ce que Josée m’a fait faire tout ça? Parce qu’elle ne se contente pas de vouloir travailler avec mon texte. Elle veut que j’y joue. Que je l’incarne.

C’est pour ça que je suis resté silencieux depuis que j’ai annoncé le projet, malgré notre première rencontre. Parce que je n’étais pas certain de vouloir aller jusque là. Parce que je ne suis pas comédien, d’abord, et que je me doute bien que ça paraîtra. Parce que je ne voulais pas qu’on croit que je suis un de ces auteurs qui ne veulent pas laisser aller leur travail: j’ai écrit le roman, j’en fais l’adaptation, et voilà que je voudrais le jouer moi-même? Allons donc, Jean-François. Décroche.

Mais voilà, je n’y étais pas. Il s’agit d’un laboratoire théâtral. Et j’ai beaucoup à apprendre de cet expérimentation: le souffle, le rythme, "la parle" (comme l’écrit Novarina). Le rapport entre le texte et le corps, cette mise en chair qui me fascine… Tout ça pourra nourrir ce que j’écris.

Alors j’embarque. J’ai confiance en Josée. Il faut dire qu’elle sait être convaincante…

Je continue d’écrire de mon bord quelque chose qui commence à prendre forme – mais qui méritera qu’on le brasse un peu. Je pense que ça se développe assez bien. Ce sera beaucoup de travail – le théâtre demande une présence beaucoup plus grande, plus intense, que l’écriture solitaire, qui ne se formalise pas de quelques absences imprévues et momentanées.

Prochaine étape (outre l’écriture): une rencontre de production avec l’essentiel des collaborateurs au projet, dans le lieu qui pourrait bien devenir tout à la fois celui de la création et de la diffusion. J’ai hâte de voir tout le monde. Je pense que je pourrai partager un bout de texte, à ce moment.

On verra.

J’y reviendrai.


Nuage critique


Nous sommes cinq à dormir au salon. C’est à dire que les chiens dorment, le chat ronronne, mon plus vieux s’est enfin assoupi – le pauvre semble avoir une otite, une sinusite, et tout le bataclan – et moi, j’essaie de me convaincre de me rendormir.

En attendant, je me suis amusé un peu avec un générateur de nuages de mots qu’on trouve sur le net. Je l’ai fait travailler à partir des critiques de Nos échoueries.

Je trouve que c’est un beau nuage critique. Je vais le laisser m’intoxiquer. Peut-être qu’il m’aidera à retrouver le sommeil.

—-

Ah, tiens. Pour lire le texte original: Nos échoueries dans les médias.


Le tracé du corps


Ce ne sont pas seulement les corps.

Ce ne sont pas seulement les corps qui se meuvent dans l’espace.

C’est la trace de ces corps, la trace de ces corps dans l’espace.

Entre cette courte pause et cette autre, le tracé du corps, une signature.

Comme ça m’arrive souvent, j’ai été bouleversé. Devant LE duo d’Andrew Turner et de Milan Gervais, entre autres. Devant ce combat, ce soutien, cette influence, cette poussée, cette retenue… Quelque chose se passe. C’est dans ma tête, sans doute. Entre leurs corps aussi. Et entre ma tête et leurs corps.

Maintenant, je suis dans une bulle. Ému.

Je m’enfermerai dans le silence de la maison des endormis. Voilà, j’écris.


Ça siffle doucement


J’ai cette rage d’écrire. Ça bouillonne. M’a péter, comme qu’on dit quand on l’dit. Ça va me sortir du dedans vers le dehors.

Et ça sera mauvais, comme de raison. Quand j’attends trop longtemps, ça me fait écrire toutes sortes de choses, jusqu’à plus soif, dans le sens de la ligne, mais sens dessus dessous, des vannes sans profondeurs comme celles qu’on lâche en sachant qu’elles ne feront pas de bruit.

Quand j’attends trop, ce n’est pas retentissant. Ça ne vibre pas. Ça siffle doucement et ça s’éteint.

Quelle image désastreuse. Quelle métaphore de merde. Voilà bien qui appuie ce que justement je voulais exprimer.

Dans pas long, je m’en vais voir un spectacle de danse, un programme double de la compagnie Andrew Turner. Quand je vais assister à la performance de danseurs, généralement, c’est encore pire. Ces corps dans l’espace. Ça m’empoigne l’âme par la couenne, me secoue, me liquéfie. Je deviens un magma incandescent qui veut tout brûler.

Écrire brûle, parfois.

Je crois que ce soir, à mon retour, alors que la maisonnée se sera éteinte dans le sommeil que la nuit aura déjà apporté, je m’assoirai dans le coin le plus profond du divan, un verre de Camus à la main, sans glace et sans fioriture, et j’écrirai, tout mon saoul, jusqu’à plus soif comme toujours, dans le sens de la ligne, des phrases sens dessus dessous, évacuant comme on le fait sans gêne quand on est seul.

Et peut-être que grâce à ça, demain, ou après-demain, j’écrirai quelque chose de bien.

Qui sait. Peut-être quelque chose de bien.


Première mise en chair


Tout le monde dort dans la maison. Je suis allé m’enfermer dans le garage poussiéreux, où il fait frette, où le béton du plancher te coince le dedans des pieds. Pis là, me suis enregistré. J’ai relu, sans retenue – et sans prétention – le texte écrit pour la récente soirée des Poèmes animés.

Parce que j’ai enfin trouvé le moyen. De mettre en ligne mes lectures en format mp3. Alors j’en profite pour saluer Luc Beauchemin, le musicien, qui m’a mis sur la piste de Tilidom, qui me permet de m’adonner à ce vice. Je pourrai dorénavant diffuser des mises en chair de mes textes.

La première à être diffusée, donc, Ça claque la porte (suivre le lien), écrit en prévision de la soirée de poésie organisée par les Poèmes animés le 3 février dernier. Bonne écoute… et bonne lecture.


Du sur-place narratif


«Chaque histoire a sa langue propre. Le grand défi, quand on en commence une, c’est de trouver la bonne voix pour la porter.»

Ces deux phrases, je les ai écrites en décembre 2009, et jamais publiées. Je les retrouve par hasard…

Je n’ai toujours pas trouver la voix. Je l’ai cassée, comme disait Bruel, bien plus que trouvée. Encore aujourd’hui, je connais l’histoire mais ne sais comment la mettre en forme. J’ai cette désagréable impression de ne pas avoir assez avancé. De faire du sur-place narratif. Pourtant, j’ai écrit. J’ai beaucoup écrit.

Pourtant, j’ai écrit.


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