Archives de Catégorie: mise en chair

Un vendredi au Salon


Café à l’eau dans une chambre d’hôtel. Encore les cheveux mouillés. J’ai plutôt envie d’écouter Galaxie que le ronronnement brut du séchoir. Et certainement pas le goût de repasser une chemise, alors j’en choisis une autre.

Hier.

Hier, j’ai passé une partie de la journée sur la route avec un chic type qui vous remonterait la cote de tous les babyboomeurs en un rien de temps. M’a conté des histoires tout du long de la route. C’est un habitué. Des auteurs, du chemin à faire, de la vie. Dans sa belle voiture qui sentait le propre, on a tout dit ce que deux inconnus peuvent se raconter avant de devenir officiellement attachés par un lien d’amitié. Plus que ça, je pense qu’on aurait été obligés de se revoir.

Se revoir.

J’ai revu plein de beaux monde hier soir lors de l’ouverture officielle du Salon. Chouette de revoir leur sourire, leurs yeux allumés, leur air de rien, des fois, parce que j’ai beau être parti, ça ne fait tellement pas longtemps, c’est comme si rien n’avait changé. Parce qu’on ne se voyait pas plus souvent, en fait. Et c’était correct.

Correct.

C’est comme ça que j’ai senti mon petit discours: correct. J’étais comme trop allumé par ce qui était en train de se passer pour faire plus, de toute façon. Marc-André Perrier a fait une chouette lecture de mon recueil, vraiment. Ça m’a émotionné, comme disent parfois les vieux. Du coin de l’oeil, je sentais que Sylvie Marcoux et Sandra Brassard (organisatrices du Salon du livre du Saguenay – Lac-Saint-Jean) me scrutaient. Ça devait me paraître dans la face.

Évidemment, je savais plus ou me garocher. Quand ça arrive, je m’excite, me mets invariablement un pied dans la bouche. Mais je crois que ça allait. Correct.

Laurance, par contre. La jolie et talentueuse Laurance Ouellet Tremblay, celle qui a reçu le prix Découverte pour le livre Était une bête (La Peuplade). Elle, elle a fait un discours. Mémorable. Le chemin m’a l’air dégagé devant cette jeune femme. Elle prend son élan. Ira loin.

Loin.

N’est plus si loin le jour où on présentera le laboratoire théâtral qui tire son jus de mon roman, Nos échoueries. T’sais, le projet qui me fait brailler à tout coup, parce que ça fait mal dans le creux de la tête de voir Marie et la Farouche avoir un corps. C’était de toute beauté au moment d’écrire ça que de me voir morver au-dessus de mon clavier, je vous jure, la tête pleine du visage de Sara qui l’incarne. Je ne serai pas beau à voir lors de la première, je pense, si je n’ai pas les mains et l’esprit occupés.

Ce midi, avec les comédiens, Étienne Provencher-Rousseau et Sara Létourneau, et la metteure en scène espace, Josée Laporte, nous présenterons le projet au public. J’ai hâte.

Puis, ce vendredi… Ce sera séances de signature sur séance de signature, avec une finale à l’auberge, à La Baie, où on aura un souper littéraire. Je dois y faire la lecture d’extraits de Vers-hurlements et barreaux de lit entre deux services.

J’aime les Salons.

J’aime.


Nos échoueries – The Drama Project


Paraîtrait que je pourrais en parler, maintenant. Officiellement, je veux dire. Alors parlons-en.

Le livre est là, sur l’accoudoir du divan. C’est un livre que je connais tellement, de fond en combles, que j’ai lu et relu à plusieurs reprises. C’est normal, j’en conviens: je l’ai écrit.

Je l’ai lu et relu, mais en fait, pas depuis sa publication. Une fois seulement depuis qu’il est devenu un livre. Pour sentir cette émotion étrange d’avoir entre les mains un objet qu’on a soi-même fait, mais qui est devenu bien plus. Puis je l’ai mis avec les autres, non sans une certaine fierté, dans ma bibliothèque. Les autres: je veux dire les miens, bien sûr, mais ceux aussi des Félix, Gilles, Gaston et autres auteurs que j’ai toujours admirés. Il allait là pour s’empoussiérer. Nos échoueries a eu une belle vie, bien au-delà de mes espérances avec le prix qu’il est allé rafler au salon du livre de Rimouski. Normalement, les livres d’aujourd’hui meurent vite et bien. Quelques mois et ils disparaissent. C’est le heurt auquel doit s’habituer tout écrivain.

Le Lady Era

Mais voilà, Nos échoueries refuse de s’enliser. Au baissant, pourtant, comme tous les autres, il a semblé vouloir y rester. Il aurait fait comme la carcasse rouillée du Lady Era à Port-Cartier – il aurait été une image marquante dans ma vie, un souvenir indélébile. Mais voilà que remonte la marée, qu’elle veut l’amener ailleurs…

C’est un projet que nous chérissons secrètement depuis un bout de temps déjà qui voit ses conditions de réalisations enfin rassemblées. Ce que c’est? Nous ferons quelque chose comme une adaptation scénique de Nos échoueries, dont la première ébauche devrait être rendue publique l’automne prochain.

Pour l’instant, nous ne nous attendons pas à une oeuvre finie, mais plutôt à quelque chose comme un laboratoire théâtral qui aura pour point de départ mon roman. L’idée n’est pas de faire une simple transcription pour la scène de l’histoire de Nos échoueries, mais plutôt de le faire voyager en le soumettant à différentes tensions. Entre autres: les perceptions des différents collaborateurs au projet, dont la sublime Josée Laporte, qui en signera la mise en scène (elle préfèrerait sans doute que je parle de mise en espace, j’aurai l’occasion d’expliquer pourquoi), ainsi que le GRAND Pascal Beaulieu, avec qui j’ai déjà eu la chance de travailler à quelques reprises lors de lectures publiques (j’ai d’excellents souvenirs de ces collaborations ponctuelles, il m’a même déjà fait chanter un chapitre de Nos échoueries sur un air de blues!), qui s’attardera pour sa part à l’environnement sonore de l’oeuvre. Mon travail d’écriture (et/ou de réécriture) devra tenir compte des préoccupations de chacun, des lieux qui l’accueilleront, des sons, des corps… De mes préoccupations, aussi, et sans doute du travail des comédiens qui seront invités à se joindre au projet.

Nous donnerons de la chair à Nos échoueries. Il y aura du corps dans ces mots. Y a-t-il quelque chose de plus enthousiasmant?


Meurt d’abord le dire


J’ai invité Arcade Fire pour le dîner.  Accoté à ma table de travail, les yeux toujours rivés à l’écran, je pique de la fourchette dans une salade de coquilles au jambon et aux melons. Le soleil perce quelque part en arrière-scène et fait des flèches dans le paysage glacé du mont Jacob. Winter For a Year me donne des frissons.

Je suis privilégié. Pas seulement pour cet instant de calme bonheur. Je repense à cette soirée d’hier qui fut en tous points parfaite. Une rencontre poétique comme on en vit peu. La plus belle soirée de poésie que j’ai pu vivre jusqu’ici. Un moment que je n’oublierai pas de sitôt.

Tant que la vie me laissera un peu de mémoire, c’est promis.

Je dois me sentir à peu près comme Plume quand il a écrit Jonquière, la bière en moins. J’ai envie de remercier toute la gang d’impro de Dominique-Racine, et leurs amis présents, et les organisateurs de ce moment de bonheur. J’ai eu bin du fun à Dominique-Racine. Bin du fun.

Votre écoute attentive, votre intérêt, vos questions toutes pertinentes, vos numéros, vos lectures, votre attitude… J’ai aimé voir que vous étiez là pour vous amuser. Des jeunes qui s’amusent avec les mots et la poésie, c’est grandiose. Vous étiez beaux à voir. Beaux à entendre.

Et dans l’écho de ma dernière lecture, quand vous avez répété avec moi les derniers vers, vous m’avez donné de ces frissons qui changent une vie.

N’oubliez jamais: ouvrez grand la gueule! Parce que…

avant que cesse la respiration,
meurt d’abord le dire

meurt d’abord le dire

et en écho que l’on sache

meurt d’abord le dire

(Des champs de mandragores, p.98)

Ne laissez pas mourir le dire!

 


Pierre Saint-Pierre & piano


Me suis amusé à agrémenter ma lecture précédente d’un accompagnement de piano. Même si c’est plutôt sommaire, ça habille un peu la chose – sans, j’espère, la déguiser. La nouvelle version peut être écoutée sur cette page de mon site Internet.


Seconde mise en chair, Nos échoueries


Maintenant que je sais que je suis capable de le faire, je ne pouvais pas ne pas publier un extrait de Nos échoueries. Soyez indulgents… Le tout a été enregistré avec les moyens du bord, dans un garage, avec des chasse-neige dans la rue et la fatigue d’une grosse journée.

Il s’agit ici du passage où le personnage principal du roman retrouve, au foyer des gris d’en face, le vieux Pierre Saint-Pierre, conteur qui a longtemps alimenté son imaginaire de jeunesse. Retrouver ainsi un personnage de l’enfance est toujours très confrontant.

Comme chaque fois que l’on revient sur ses pas.

 


Première mise en chair


Tout le monde dort dans la maison. Je suis allé m’enfermer dans le garage poussiéreux, où il fait frette, où le béton du plancher te coince le dedans des pieds. Pis là, me suis enregistré. J’ai relu, sans retenue – et sans prétention – le texte écrit pour la récente soirée des Poèmes animés.

Parce que j’ai enfin trouvé le moyen. De mettre en ligne mes lectures en format mp3. Alors j’en profite pour saluer Luc Beauchemin, le musicien, qui m’a mis sur la piste de Tilidom, qui me permet de m’adonner à ce vice. Je pourrai dorénavant diffuser des mises en chair de mes textes.

La première à être diffusée, donc, Ça claque la porte (suivre le lien), écrit en prévision de la soirée de poésie organisée par les Poèmes animés le 3 février dernier. Bonne écoute… et bonne lecture.


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