Cher Matisse,
Je me souviendrai toujours de l’enfant que tu as été, si calme et si tranquille. Je disais toujours à ma chère Fée des Glaces : «Lui, il est sage avant l’âge, c’est une grande âme!». J’ai toujours su que toute ta vie tu aurais une riche imagination. Jusqu’ici, je ne me suis pas trompé. Il est si beau de te voir écrire comme ton père, inventer de belles histoires d’aventures…
Lors de ta première nuit de Noël, alors que tu n’étais encore qu’un petit bout d’homme, je me souviens que je me suis penché sur ta couchette, dans ta chambre toute jaune, et je t’ai trouvé tellement beau que je suis resté de longues minutes à te regarder. J’ai posé ma main sur ton front et, t’en souviens-tu? Tu as ouvert les yeux, et tu m’as vu. Lorsque tu m’as souri, j’ai su à quel point tu étais un garçon brillant, comme si tu avais dans chaque œil une belle parcelle d’étoile.
Il y a plusieurs années que je t’observe et que je m’informe à ton sujet. Plusieurs pensent que la magie de Noël ne vient qu’en décembre. Quand je te vois créer toutes tes histoires, je sais à quel point la magie est présente dans tout ce que tu fais. Et je suis bien fier de voir que d’autres que moi savent porter cette magie. C’est important. Le monde en a besoin.
Tu es un petit malin, toi. J’ai eu beaucoup de chemin à faire pour te trouver, avec les années. Charny, Saguenay, Québec, même Cuba et maintenant Sainte-Béatrix… Tu m’en as fait voir, du paysage! Mais je suis bien heureux de tout cela. Moi aussi, j’aime beaucoup le voyage et la nouveauté. Je ne serais pas devenu le Père Noël si ce n’était pas le cas, n’est-ce pas?
Aujourd’hui, tu es devenu bien grand. À ton âge, malheureusement, bien des enfants ont cessé de croire en moi, aux lutins, au Pôle Nord… Tu n’es pas obligé de les convaincre de mon existence. Tu sais bien, au fond de toi, ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Le reste importe peu.
Ce Noël est sans doute le plus important pour toi. Car c’est celui ou tu passes du côté des plus grands. Tu sais, beaucoup d’enfants, chaque année, s’ajoutent à ma longue liste. Mes lutins n’arrivent à fabriquer des cadeaux que pour les plus jeunes, même si parmi les plus grands garçons et les plus grandes filles, il en reste toujours qui seraient assez sages pour mériter leur place sur ma longue liste.
Tu sais, il faut grandir. Parfois c’est triste, mais devenir grand apporte aussi de nombreux avantages dont tu profiteras avec le temps. Tu te rendras compte que tes parents et d’autres encore m’ont beaucoup aidé à vous gâter, ton frère et toi. En passant du côté des grands, tu peux devenir aussi l’un de mes complices, si tu le veux bien. J’aurai sans doute besoin de toi pour que ton frère et les autres enfants continuent de croire à la magie de Noël et à l’importance de l’imagination. Ton aide sera toujours très précieuse pour moi. Comme l’a été l’aide de tes parents, jusque-là.
N’hésite pas à faire sourire les autres enfants pour Noël, à leur raconter des histoires. Même si elles ne sont pas toutes «vraiment vraies», ces histoires, même si tu en inventes quelques-unes… Ce n’est pas si grave. L’important, c’est de rendre les autres heureux. Vraiment, c’est tout ce qui importe. Parce qu’au fond, c’est ça, la magie de Noël.
Cher Matisse, je veux que tu saches que je t’aime très fort, que tu auras toujours une grande place dans mon cœur et dans mes souvenirs. J’ai été très heureux de te connaître, et je le serai d’autant plus si tu acceptes d’être l’un de mes complices.
Passe un très beau Noël avec tes trois gros chiens, ton chat, tes oiseaux, et toute ta famille.
Prends bien soin de toi et de ceux que tu aimes.
Ton Père Noël

Voudrais dessiner, encore. Des oiseaux morts, des oreillers mouillés, des chiens vivants.
J’ai vidé trois tiroirs de classeurs. Libéré ma table de travail – ce qui, déjà, n’était pas une mince affaire. Fait le tri. Épuré l’espace. Réorganisé. Et scotché cette photo de Riopelle sur ma bibliothèque, découpée dans un vieil exemplaire du 








