J’écris moins sur les Internets. C’est un fait.
C’est que j’ai entamé, il y a quelques semaines, un carnet d’auteur. Un vrai, cette fois. Pas seulement un autre de ces cahiers que j’accumule depuis des années, où je griffonne aléatoirement, quelques vers ici, quelques phrases là. C’est un véritable carnet d’auteur, où je collige mes notes de lectures, mes impressions littéraires, mes réflexions théâtrales, et où je garde des traces de ma vie d’écrivain. Les instants délicats et parfaits. Les moments de découragement. Question de m’en rappeler.
Quand ce sera nécessaire.
Quand j’aurai abandonné.
Quand j’aurai décidé de retourner travailler de 9 à 5 quelque part.
Quand j’en aurai eu assez d’une vie sociale proche du néant. Et du vide harassant dans le fond de mes poches.
Quand j’admettrai, comme on me le reproche, que j’écris trop.
En attendant, je noircis ce cahier qui n’a l’air de rien. Un cahier même pas acheté pour ça. Un cahier entamé en 2010 en plein Salon du livre de Rimouski, et aussitôt abandonné (comme les dizaines d’autres carnets qui s’empoussièrent un peu partout dans la maison). Un cahier taché de café renversé, épaissi de photocopies disparates, aux pages jaunies et cornées.
Si j’arrive à soutenir le rythme, à écrire pratiquement tous les jours, c’est entre autres parce que j’ai cessé de diffuser de l’écrit vain à tout vent: ces bouts de phrases disséminés sur Facebook, et ces tartines toujours trop longues sur mes blogues. C’est aussi parce que j’ai cessé d’écrire pour être lu.
Ce carnet qui me suit dorénavant partout ne mériterait pas un regard extérieur, faut pas croire. Je m’y relis à peine, refusant le re-travail. Et ça fait du bien. C’est du texte mort-né, avorté avant le beau de la naissance, cru et sans préparation. C’est ce que ça vaut: de l’avorton littéraire. Et oui, vraiment, ça fait un bien fou.
Dans ces pages, l’écriture n’est plus une communication. Elle devient une façon de réfléchir, d’aborder le monde autrement. Une façon de lire l’existence et d’agir sur elle. Sans spectacle. Et sans mise en scène.
C’est une portée sans mélodie.
C’est une vibration hors du sens.
Un langage sans invention. Et encore: ça fait un bien fou.
J’ai retrouvé la sensation d’exister. Respirer les parfums riches de la pluie en forêt n’est plus un vague souvenir. Le vent, et la pluie, et la rosée, et la nuit, et les cris des geais. Je suis redevenu un corps. Une peau. Un existant.
J’ai retrouvé la forme, aussi. Ça n’a rien à voir, pure coïncidence. Une situation trop complexe pour l’expliquer ici. Mais je redécouvre la vie dans ce qu’elle a de vif. Sans devoir m’écraser de fatigue. Et je sais lire à nouveau sans me perdre entre les lignes. Quel bonheur.
Exister n’est plus un luxe.
Pour le temps que ça durera, il faut me souvenir. Et malgré ce qu’on en dit, je continue de croire que non seulement je peux écrire plus, mais que je dois le faire. Ceux qui ne sont pas d’accord ne savent pas l’urgence. N’en ont aucune idée.
Je ne peux pas leur en vouloir. Seulement les faire mentir.
Alors j’ai l’air mort, à force de ne plus être sur les Internets. J’ai l’air de ne plus exister, sans doute. C’est un signe des temps. Aujourd’hui, si on n’est plus là virtuellement, on n’existe pas vraiment. Le monde a le droit de m’oublier, c’est bin correct pour moi.
Mais j’existe un peu plus, et je vis mieux que depuis longtemps. Et j’écris plus et mieux que jamais.
Je vais revenir. J’ai trop besoin d’attention, trop besoin d’amour pour ne pas le faire. En attendant… Je vais bien.
Je vais bien.
À la r’voyure.
Eh puis, je vous encourage à exister aussi. Vous allez voir, ça fait du bien.



Semaine de doutes et de retenue. Une attente figée. Et si je n’avais pas ce qu’il faut? Pour continuer, je veux dire. Continuer d’écrire.




