Parfois, j’oublie que tout est possible.
Ça se produit généralement au début d’un nouveau projet d’écriture. Quand j’ai le verbe qui se cherche encore un pronom pour savoir à quelle personne il doit appartenir. Je suis alors tellement obnubilé par la besogne de départ (toutes ces questions qu’on croit devoir régler avec précipitation…) que cette conscience de tous les possibles inhérents à l’acte d’écriture m’échappe.
C’est en décembre que j’ai terminé Rose Brouillard, le film. J’ai écrit, depuis, écrit beaucoup. Surtout de la poésie, mais un peu de prose aussi. Sauf qu’il m’aura fallu tout ce temps pour m’en souvenir: tout est possible, Jean-François. Tout est possible, souviens-toi. Rien n’est valable si tu ne t’en souviens pas.
Je le sais, pourtant. C’est ainsi que Nietzsche joue un petit rôle dans Nos échoueries. Et que moi-même, j’en tiens un, en quelque sorte, dans Rose Brouillard, le film. Je m’amuse de cette façon, occasionnellement. J’aimerais le faire plus souvent. Comme avant, quand je n’écrivais que par plaisir. Des histoires débridées aux personnages qui n’avaient rien à faire d’être ou non crédibles. Quand la vraisemblance ne faisait jamais partie de l’équation.
C’était quand je suivais d’instinct mes histoires. Sans me préoccuper de questions narratives, de règles de récit, de jambettes sémantiques et d’enfarges syntaxiques.
Je peux tout écrire. Il suffit que je me le permette. Que je comprenne que c’est nécessaire. Pour mieux comprendre le monde, je veux dire.
Demain, ce sera différent. Je m’amuserai. J’inventerai le monde pour mieux le comprendre. Avec des personnages qui seront aussi vastes que lui.
Demain, j’écrirai encore. Mieux. Si je sais faire le pas sans m’effondrer.




