Archives Mensuelles: octobre 2011

Avant le Jack Side Jazz Band


Je pense: depuis le début, nous savons qu’il s’agit d’un laboratoire théâtral.
Je pense plus loin: dans un laboratoire, tout peut arriver de découvertes surprenantes, d’obstacles imprévus, de fumeuses explosions, de succès inespérés.

Voilà: c’est là que nous sommes rendus. Un imprévu nous oblige à reporter la présentation publique de Pendant le Jack Side Jazz Band, ce laboratoire théâtral autour de mon roman Nos échoueries, jusqu’au printemps prochain.

À moins d’un pépin important, tous les collaborateurs actuels se sont montrés intéressés à poursuivre l’aventure malgré le délai. C’est pour moi une équipe de rêve, vraiment. Luc Perron au conte (!), Pascal Beaulieu à l’environnement sonore, la délicieuse chanteuse et artiste de la performance Sara Létourneau ainsi que le slameur et poète Étienne Provencher-Rousseau au jeu… et bien sûr, ma chère Josée Laporte, la belle, la grande, la convaincante, la passionnée, Josée Laporte, à la mise en espace. C’est très flatteur pour l’ego d’un auteur de voir tout ce beau monde travailler autour de ses mots. Différer la présentation du projet au printemps, ça fait que… eh bien… J’aurai l’ego flatté plus longtemps!

Ce n’est donc que partie remise… Pendant ce temps, je continuerai de voir comment peut évoluer le texte. J’ai leur corps plein la tête quand je relis tout ça. Et c’est beau, et ça goûte bon, et je m’emballe.

J’aurai hâte au printemps. J’en profite d’ici là.


Un drôle de vieil homme


C’est un drôle de vieil homme, mon nouveau voisin. Soixante-quinze ans, mais il a l’air d’un quinquagénaire en forme. En fait, je suis obligé d’admettre qu’il est plus en forme que je ne le suis: il bûche, fend à la hache et corde ses vingt-cinq cordes de bois par année pour chauffer sa maison, une ancienne grange devenue tour à tour moulin à scie, bar, relais de motoneiges et maison unifamiliale. Il va chercher tout ce bois sur ses lots en face, ses vingt-cinq cordes de bois. Ses lots: un paquet d’arpents de bois debout sur un sol accidenté. Qu’il connaît bien, extrêmement, depuis trente ans qu’il les sillonne.

C’est un drôle de vieil homme, patient et affable, qui répond à toutes mes interrogations. Il est de bon conseil, alors j’en profite. Sa femme et lui nous ont même fourni les numéros de téléphone les plus importants pour survivre dans un rang de bois – ça va des producteurs d’agneau, de lapin ou de courges jusqu’au ramoneur de cheminée, en passant par le déneigeur. Pendant que j’étais au salon du livre de Saguenay, il nous a même fait livrer du bois de chauffage. Un monticule de bûches m’attendait au retour.

C’est un drôle de vieil homme qui a appris presque par hasard que je suis un auteur. Sans doute par gentillesse, sa conjointe m’a acheté mes deux derniers livres, que je leur ai dédicacés à tous les deux. Je ne pensais plus, ensuite, en entendre parler.

Cet après-midi, mon Monsieur Pierre, c’est son nom, il est venu nous voir alors qu’on travaillait sur le terrain. Sourire en coin. On ramassait les feuilles de la cour. Dans un rang boisé, c’est plutôt ridicule, effectivement. Mais quand on a deux chiens gros comme ça, qui font des étrons gros comme ça, et qu’on risque de marcher dedans à tout moment, les feuilles mortes n’ont pas grand chose de romantique, il faut admettre.

Sauf qu’il ne venait pas pour se moquer. Son prétexte: nous emmener faire le tour de notre lot à bois, pour nous montrer ses limites. Sa véritable motivation: ces quelques secondes où nous nous sommes retrouvés seuls tous les deux. Il avait lu Vers-hurlements et barreaux de lit. Avait besoin de me dire à quel point il avait été touché. M’a dit que je n’avais pas des mains d’écrivains. Je crois que c’était un compliment.

J’ai été ému pendant toute notre randonnée. Il le savait, j’en suis persuadé. Tenant par la main mon plus jeune fils comme s’il était son propre descendant. Il devait bien se douter que j’avais le coeur en bouillie.

Il nous a enseigné les balises. Les essences, aussi. Montré les chênes les plus fiers, les merisiers, les quelques hêtres, les "belles" érables "grosses" de-même. Pointé la cabane à sucre en ruines. Raconté le chemin de 1890, l’établissement, les anciens bâtiments.

Dans la foulée de cette visite toute familiale, je lui ai demandé de m’apprendre. À bûcher. Pour le chauffage.

Il a accepté avec un plaisir évident.

De tout coeur, j’espère qu’il aura le temps.


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