La vérité c’est que je n’ai jamais eu autant de plaisir à écrire. Ça ne se fait plus à la va-vite quand j’ai seulement une minute, quand je force la note. Ça peut être profond, lent, calme. Ça peut être bon.
Ainsi, je ne sors jamais vraiment de ma bulle. Sinon, je reste en surface le temps de faire une bouffe, le temps de jouer avec les enfants, le temps de passer la balayeuse, de faire la lessive. Quand ça ne s’écrit plus tout seul.
J’arrive: à satisfaire mon besoin d’écrire. Pour la première fois de ma vie. Pour vrai, je veux dire, en le savourant. Et à faire tout le reste. Et quand elle arrive du boulot, elle, vous savez qui, il y a un vrai repas au fourneau. Et on a le temps de faire une partie de basket avec le plus vieux, et on a le temps de jouer avec les chiens, et on a le temps de lire des histoires – et on a le temps.
Pour le temps que ça durera, je suis bien décidé à en profiter.
La vérité c’est que je n’ai jamais eu autant de plaisir à écrire. J’en éclate de rire sous la douche, j’en suis ému le soir, ou excité – ça dépend du chapitre que j’écris. Je ne sais plus où je vais, j’ai l’impression que tout ça s’écrit tout seul. Ça vient de moi, mais ça se crée au-delà de ce que je pouvais prévoir. Et j’aime.
Cinq nouvelles pages ce matin. Ça devient. Et j’aime ce que ça devient. Cinq nouvelles pages et ça sent bon le boeuf bourguignon. Et le lavage est presque fini. Et j’ai joué avec mon petit lion du nord. J’aurais pu n’écrire que ça, non?
Oui. Mais la vérité, c’est que je n’ai jamais eu autant de plaisir à écrire.



