Archives Mensuelles: mai 2011

poésie – serais Cubain


serais Cubain ce soir

le tabac

le rhum

serais ivre devant mon cube de béton

dans le chaud

la porte ouverte

les pieds dehors

le cul dedans

serais Cubain ce soir

c’est ce que ça goûte

serais Cubain seul

fumant, buvant

sachant que demain

mañana

demain

dans le camion benne

j’irais au labeur plaqué de soleil

évitant les chiens de Holguín

et les femmes aux souliers clinquants

et l’eau verte du bord des rues

et les porcs, et les poules traversant

et saluerais les vieux assis

les vieilles aussi

serais Cubain ce soir

suis Cubain ce soir


Un vieux flibustier ému


Je suis un vieux flibustier après une mutinerie. Les pieds au bout d’une planche juste assez molle ondulant au-dessus du néant. Je sais que je devrai sauter. Le bateau tangue doucement dans le soleil matinal. Pas facile de se convaincre de faire ce pas quand on ne sait ni ce qui est au-dessous, ni même si on sait nager. Mais quelque chose me dit que ce sera bon. C’est le vent dans ma barbe trop longue, C’est le soleil qui point enfin. C’est le cri des sternes qui grêlent sur la mer autour. C’est le silence qui m’attend lorsque j’aurai enfin plongé.

Je suis un vieux flibustier ému. Pas facile de quitter le navire. Il aurait beau être plein de rats, jonché de corps grugés par le scorbut et la peste, mangé par les termites et sur le point de s’échouer que ce ne serait déjà pas aisé. Mais le bâtiment que je laisse est encore fier et beau.

Je lève un pied, j’attends. Le bateau tangue encore. Je suis sur le point de plonger.

-

Je suis un vieux flibustier devant son ordinateur. J’ai pillé l’amour de beaucoup de monde dans la région. Des trésors comme ça s’accumulent facilement. Pas besoin de calle, ni d’île secrète. En sautant, j’apporterai tout ça avec moi.

Parce que je m’en vais. C’est l’appel d’une sirène.

-

Mon amoureuse s’est trouvé un emploi dans une autre région, quelque chose de vraiment bien. Elle est la délicieuse maîtresse de mes nuits et l’admirable mère de mes enfants. Je veux la suivre dans cette aventure, plus que tout.

Elle quitte déjà la semaine prochaine. Nous tenions à ce que mon plus vieux finisse l’école ici, alors je resterai quelques semaines encore dans notre magnifique maison. Je sentirai la vie couler dans mes veines au ralenti. Quelque chose comme l’hypothermie qui nous prend quand on plonge dans un océan. Puis on vendra la maison. Et on partira. Pas le cœur léger. Mais sans remords ni regrets.

Allez, je vous salue. Et je plonge.


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