Je ressens une certaine sérénité. Un calme de l’humeur qui me fait tâter sinon du bonheur, au moins un satisfaisant bien-être. Il y a quelque part dans mes tripes, ou peut-être est-ce dans ma tête, le vide d’une certitude: rien ne pourra arriver que nous ne puissions affronter, tant que nous resterons ensemble tous les quatre. Et le meilleur est à venir.
Ce n’est pas un espoir, pas un désir, pas un choix. Une certitude.

Tout à l’heure: sorti juste pour brasser le compost et l’ouvrir pour l’été. Mais tant qu’à y être, inviter le plus jeune à ouvrir son carré de sable dans lequel ont patienté de vieux jouets sous leur dôme nival tout l’hiver. Et tant qu’à y être encore, ouvrir la porte aux chiens, les laisser jouer et se donner des coups de mâchoire, leur lancer le bâton jusqu’à ce qu’ils en saignent de la babine, m’asseoir avec eux sur le rebord de la galerie pour juste leur gratter le cul ou le derrière des oreilles. Et tant qu’à y être un peu plus, nettoyer le charcoal, la table de patio, et faire le tour du terrain, y faire des trouvailles étranges, un casque jaune d’ouvrier, de vieux épis de maïs, la carcasse d’un minuscule oiseau mort, de jeunes pousses vertes, des maringouins – déjà! – et alouette. Puis rentrer pour finir enfin mes damnés impôts – c’en est ridicule. Mais faire autre chose, évidemment. Comme écrire un billet sur mon blogue.
Je vis depuis plusieurs semaines avec ce besoin de m’arrêter. De me faire planter au UNO par mon plus vieux à 9h du mat. De lire une histoire à mon plus jeune en plein après-midi. De faire une trop longue sieste sur le divan alors que je ne suis même pas vraiment fatigué. De fermer la radio dans l’auto. De chanter moi-même dans le paysage qui défile. De juste ouvrir les yeux. Et écouter.
Juste prendre les miens dans mes bras, le temps qu’il faudra. C’est sans doute un cliché, mais je sais que rien d’autre n’a d’importance. Et alors que j’écris ces quelques lignes, je me dis que je devrais être ailleurs. Que j’aurais autre chose de mieux à faire.
Il y a trop de bruit dans ma vie depuis trop longtemps. Trop de télé, trop de Facebook et de bidules du genre. Les Internets au grand complet sont trop présents, trop envahissants, les écrans sont en train de me crever les yeux (- ce doit être une espèce de complexe d’OEdipe détourné). Leur lumière m’aveugle au point où je ne sais plus voir. Et rien ne me désole autant.
Et alors que je n’épluche plus tous les statuts de mes "amis" Facebook (désolé de vous l’annoncer), alors que je ne diffuse plus rien sur mes blogues, ni texte ni bd, alors que je délaisse Twitter (ou me déleste de lui), je sens que mes idées s’éclaircissent doucement, que leur brouillard se dissipe.
C’est long. Mais ça arrive.
Déjà vient cette sérénité dont je parlais. Un calme de l’humeur qui me fait tâter sinon du bonheur, au moins ce satisfaisant bien-être. Et je replonge dans mes tripes et dans ma tête, je me joue dedans comme avec une fourche dans le compost, et je trouve encore, dans le même mouvement vers l’intérieur, le vide de cette certitude: rien ne pourra arriver que nous ne puissions affronter, tant que nous resterons ensemble tous les quatre.
Le meilleur est à venir.



