Les vrais critiques ne se trompent pas souvent. Pas parce qu’ils ont la vérité infuse. Mais parce qu’ils questionnent. Interroger est la seule attitude possible en création. Douter.
C’est pourquoi j’ai toujours défendu la nécessité de la critique. Même (et surtout) celle qui n’encense pas. Quand je travaillais pour Voir, c’était devenu une marotte. Il faut être critique. «Soyez réaliste, exigez l’impossible.», disait Guevara. Bin voilà. Exiger l’impossible en art quand grâce à l’art tout est possible, c’est un moteur qui ne peut être que particulièrement puissant.
Encore hier, j’avais cette correspondance avec un critique de théâtre montréalais… Comme je cherchais à le convaincre de venir voir Les Sens, du théâtre La Rubrique – où je travaille comme responsable des communications, pour ceux qui ne le sauraient pas – il m’a simplement répondu: «êtes-vous prêt à recevoir un véritable critique montréalais?». Il ne faut pas croire qu’il se prenait pour un autre. Mais il me signifiait que s’il venait jusqu’ici, il recevrait la pièce avec le même sérieux, et l’évaluerait avec les mêmes critères qu’une production montréalaise.
Eh bien, oui. Nous sommes prêts. Parce qu’avant tout, nous voulons avancer. Et je le répète – parce que je l’ai dit souvent lorsque j’étais chroniqueur -, les véritables critiques ne font pas peur, elles font avancer. Elles ne sont pas un mal. Elle sont juste nécessaires.
Il m’a dit qu’il viendrait. J’y croirai lorsque je l’aurai vu. Ce serait chouette, parce que ça fait un bout que je veux lui serrer la pince.
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J’ai souvent été confronté à la critique populaire avec les chroniques que je signais pour Voir. C’était généralement une question de discours… Les idées se confrontent, elles existent pour ça. Depuis que j’ai commencé à publier des livres, les critiques se sont intéressés non seulement au fond, mais à la forme. Jusqu’ici, j’avais été choyé – je suis souvent bien plus sévère envers ce que j’écris que les critiques qui s’y sont penchés. Je ne crois pas que ce soit flagorneur… C’est surtout que les critiques lisent généralement une seule fois un livre (et encore) et que moi, mes livres, je les ai lus des dizaines, voire des centaines de fois – vous ne vous doutez pas de combien de fois j’ai pu lire Nos échoueries!
Récemment, j’ai goûté des critiques un peu plus roides, avec Vers-hurlements et barreaux de lit. Pas tant, juste un peu. Si Jean-François Crépeau (Le Canada Français) en a fait une lecture plutôt flatteuse – je ne dis pas qu’elle ne soit pas juste, mais que j’en suis flatté – Hugues Corriveau, du Devoir, même s’il souligne une flopée d’élément plutôt positifs, ne se gêne pas pour me rentrer dedans avec aplomb pour le titre de la plaquette, la présentant comme un «recueil dont le si mauvais titre à lui seul ferait fuir quiconque».
Vous savez quoi? Il est loin d’avoir tort. Je n’ai que des doutes pour ce titre depuis que j’ai publié ce recueil. Il est porteur de certains sens que je n’assume pas, rebute des lecteurs qui autrement auraient pu lire et apprécier le livre… Je suis d’accord avec Corriveau.
Les vrais critiques ne se trompent pas souvent. Pas parce qu’ils ont la vérité infuse. Mais parce qu’ils questionnent. Interroger est la seule attitude possible en création. Douter.
Et lorsqu’ils doutent, le plus souvent, c’est à propos de ces choses qui déjà nous ont fait douter.
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Pour lire les critiques de Vers-hurlements et barreaux de lit:
CRÉPEAU, Jean-François, «J.-F. Caron et Louise Dupré: quand la poésie évoque l’enfance», in Le Canada Français, 6 janvier 2011. (Article entièrement disponible en suivant le lien)
CORRIVEAU, Hugues, «Poésie – Marie-Pierre Sirois et Jean-François Caron, de là où se vit le désir», in Le Devoir, 15 janvier 2011. (comme l’article n’est disponible que pour les abonnés, je le cite ici bas)
Extrait de l’article de Corriveau traitant de Vers-hurlements et barreaux de lit :
«Le coeur fragile
Périlleux projet que celui de témoigner de la maladie de son enfant dans un recueil de poésie! Projet risqué auquel s’est attaqué Jean-François Caron dans Vers-hurlements et barreaux de lit, recueil dont le si mauvais titre à lui seul ferait fuir quiconque. Mais voilà, le défi est relevé non sans grâce, puisque le poète sait traduire ses angoisses avec des mots tout aussi amoureux que percutants. Avant même que le fils naisse malade du coeur, il entendait le foetus bruyant, les battements fuyants de celui qu’il «connaissai[t] par coeur».Ce livre appelle l’arsenal des onomatopées, des percussions sonores aptes à traduire un affolement d’amour. Devant l’enfant dans son bloc de verre, le père murmure: «ensemble debout dans le bip /des machines auxquelles tu es branché / ensemble debout qu’on se tienne debout /qu’on se tienne debout — tous les deux sur tes pieds». Le recueil est un appel à la vie, à la survie d’un être dont tout dépend.
Il ne fait aucun doute que le début de ce recueil touchera quiconque a vécu semblable angoisse de voir naître un enfant imparfait, quiconque craint que ne lui adviennent ce heurt et ce malheur. Et, comme pour dépasser ce trop-plein d’intimité, l’auteur dérive et en appelle à d’autres enfants démunis venus de lieux lointains, mais il fait aussi de son propre enfant à l’organe brisé l’image même de son pays sans véritable existence, toujours fragilisé de n’être pas encore et de tendre vers soi. Et, sous l’oeil blessé d’une Eugénie symbolique, le poète espère que son enfant guéri soit à l’image future d’une résurrection d’un autre ordre et qui chante la vie commune.»



