N’ai pas chômé. Pourtant, quand on y pense, c’était tout de même de la procrastination.
Fait du ménage dans mon bureau, hier. Après avoir jointé de la céramique tout l’après-midi. Le commun des mortels trouverait encore que c’est le bordel. Tout n’est pas placé de façon si évidente… Mais ce serait sous-estimer la propension de mon esprit à tout transformer en chaos. Si la Ville était passée par là quelques jours plus tôt, elle aurait sans doute pu faire fermer les lieux. Comme ces appartements où vivent ces gens qui ont tendance à tout accumuler.
J’ai vécu voisin d’un homme comme ça, un jour. Dans la cour, derrière sa maison, tout s’accumulait en piles, en amas.
Dans mon bureau, depuis ma dernière transition professionnelle, c’était un peu comme ça. Il y avait là de vieux journaux empilés. Et des vestiges des temps anciens. À voir la facilité avec laquelle j’ai tout jeté (dans le bac de récupération, s’entend), il était évident que les fantômes avaient cessé de me hanter. S’ils l’avaient déjà fait.
J’ai vidé trois tiroirs de classeurs. Libéré ma table de travail – ce qui, déjà, n’était pas une mince affaire. Fait le tri. Épuré l’espace. Réorganisé. Et scotché cette photo de Riopelle sur ma bibliothèque, découpée dans un vieil exemplaire du Devoir. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que je me sentais barbouillé comme un Riopelle.
Alors, tout fait. Sauf écrit.
N’ai pas chômé. Pourtant, quand on y pense, c’était tout de même de la procrastination.
Sauf que ce qui ne s’est pas écrit s’est tout de même raconté, quelque part dans ma tête. La même histoire, mais de toutes sortes de façons. Ranger n’est pas loin de la méditation.
À croire que j’ai peur de la fixer sur papier, cette histoire. Et pourtant. J’ai hâte de la lire.



