Le grand délestage


Je me suis nettoyé. L’esprit, je veux dire. Libéré des entraves des Facebook et autres rétentions quotidiennes. Et pour être bien certain d’y arriver, j’ai pris avec moi ceux que j’aime, et j’ai sacré mon camp dans le sud. Là où il n’y a d’Internet que de façon sporadique. J’ai nommé: Cuba.

Alors je suis parti sans ordinateur. Qu’avec un cahier. Et quelques crayons. Parti m’écraser le cul dans le sable. Ce sable duquel tout peut surgir. Et boire tout le rhum qu’il est humainement possible de se faire passer dans le gosier sans sombrer dans le délirium tremens. Et prendre tout l’amour qui passe. Celui qui fait passer l’ivresse la plus dense pour un triste plaisir et qui replace l’esprit, le coeur et l’estomac.

J’avais apporté plusieurs livres. Pour me goinfrer des mots des autres. Et finalement, j’aurai cuisiné mes propres mots.

C’est comme ça que j’aime la vie. Quand elle me sert ce dont j’ai le plus profondément envie. En l’occurrence: écrire.

Alors c’est dit: j’ai écrit. À la plume. Dans mon cahier. Raturé. Augmenté. Écrit encore. Pris des décisions. De grandes décisions.

Entre autres, celle d’écrire pour le plaisir. Mais aussi, j’ai séparé des histoires. Celles qui se rapprochaient depuis un certain temps se sont soudainement dispersées. Parce que tout ne doit pas être dans le même paquet. J’ai une vie pour écrire. Chacune de ces histoires méritera peut-être que je m’y attarde.

Eh puis, mon éditeur m’a bien conseillé avant mon départ. Il m’a dit, au détour d’un excellent souper en compagnie de bien belles gens, que lorsqu’on écrit, il faut toujours prendre le chemin le plus difficile. Tant de sagesse de la part d’un si jeune homme.

Alors voilà, c’est ce chemin que j’ai décidé d’emprunter. Le plus difficile. Et ça prendra le temps que ça prendra. Et je suis serein. C’est sans doute pour ça que j’ai réussi à écrire toutes ces pages en si peu de temps.

Drôle comme même après avoir écrit pour la peine, j’ai encore en tête tout ce qui n’a pas été écrit.

Il ne faut pas que ça cesse. J’y retourne.

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A propos jeanfrancoiscaron

Romancier, il a publié Rose Brouillard, le film [La Peuplade, 2012] et Nos échoueries, [La Peuplade, 2010, prix Jovette-Bernier]). Il a aussi publié de la poésie, dont Des champs de mandragores [La Peuplade, 2006] et Vers-hurlements et barreaux de lit [éd. Trois-Pistoles, 2010, prix Poésie du Salon du livre du Saguenay - Lac-Saint-Jean en 2011]. Il est aujourd'hui rédacteur en chef de L'Unique, journal de l'Union des écrivaines et des écrivains du Québec, ainsi que membre du comité de rédaction de Lettres québécoises, et représentant de la région de Lanaudière au comité Trans-Québec de l'UNEQ. Afficher tous les articles par jeanfrancoiscaron

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