C’est un petit matin de neige. Le Devoir m’attend dans la boîte aux lettres, j’ai entendu les pas du camelot écraser la neige sur la galerie. Et vu sa silhouette derrière le carrelage de la porte vitrée. Je suis au centre d’une vaste maison, dans le piaillement des oiseaux de compagnie.
À l’autre bout de la maison, les enfants sont répandus sur le divan. Je sens jusqu’ici la chaleur de leurs petits corps encore calmes. Il y a des pieds dans les airs, un petit dos rond, des bouches entrouvertes comme pour mieux avaler ce avec quoi la télé essaie de les remplir. C’est Bugs Bunny qui fait ses folies.
Et derrière eux, la vitrine du salon s’ouvre sur la même petite neige qui se saupoudre, ajoutant au calme du tableau.
Dans tout ça, je suis déchiré. J’ai cette envie d’être présent, vraiment présent, sentir le papier du journal sous mes doigts, sentir la chaleur de leurs petits corps de chaque côté du mien. J’irais m’assoir près de la vitrine pour vivre chaque flocon dans mon dos comme un nouveau frisson.
Et en même temps, j’ai ce désir qui vient comme un spasme de juste foutre le camp. J’ai envie, besoin d’être seul. Enfermé, à l’abri de tout. Sans magasinage, sans histoires de chars, sans menu de la semaine à préparer, sans toutes ces chose lourdes à porter.
S’il neige assez, je pense que je vais aller me faire un igloo dans la cour. Un jour, je vais me construire une cabane à pêche. Pour aller ne pas pêcher sur la glace. Dans la cabane, j’aurai un bureau – une simple planche se rabattant du mur. Et sur cette table improvisée, j’écrirai. Au froid et isolé. Je serai à la fois présent, et à l’autre bout du monde.
Là où j’existerai.
—
Je viens d’en parler avec ma blonde. De la cabane à pêche. L’été prochain, je dois construire un cabanon. Je pense que je vais monter quatre murs de plus. Un shack que je pourrai promener. Si je trouve une place pour stationner ça pendant l’été. Une place où je pourrai l’utiliser avant la glace.



