Mettons-nous en contexte. Je viens de laisser mon «poste» de rédacteur en chef au journal Voir. Je suis parti un peu vite, mais personne ne pourra dire que c’était un coup de tête. Les tempêtes ne sont jamais si subites qu’on pourrait le croire.
J’ai surtout été séduit par l’idée de me joindre à l’équipe de La Rubrique. On ne trompe pas un amour sincère sans avoir déjà regardé ailleurs. C’est sûr que j’étais prêt à ce changement. J’étais prêt à m’investir dans une nouvelle aventure. Et mes premiers jours au sein de l’organisme m’ont prouvé que j’ai eu raison. De quitter, mais surtout, de me laisser séduire.
Aujourd’hui, j’étais invité à la radio pour parler de ce changement «subit», de cette «volte-face». J’aimerais revenir sur cette expérience en soulignant quelques points.
- Dans ma dernière chronique, j’ai avoué quitter pour mieux m’effacer.
- Au recherchiste qui m’avait contacté avant l’entrevue, j’ai précisé que je n’allais pas à la radio pour prendre position.
- Pendant l’entrevue, j’ai précisé que je trouvais que depuis un certain temps, on donnait trop d’importance à ce que je pensais, et que mon opinion ne valait pas plus que celle d’une autre personne.
Résultat? L’animateur a tout de même tenté de me faire dénoncer «l’administration en place», cherchant à me faire dire que les problèmes de la culture dans la région lui étaient redevables. Si c’était si simple, il n’y en aurait pas, de problème. Mais c’est la culture en région qui a la vie dure. Faut arrêter de penser que Saguenay est le nombril du monde. J’aurais peut-être dû lui dire que s’il avait quelque chose à dire, il y avait un journal qui cherchait un chroniqueur. Mais je ne suis pas assez vite pour ces affaires là.
Ce n’est pas étranger à mon choix de délaisser la chronique. Ce qui me tue, c’est justement qu’on a tellement de fois tenté de me faire dire toutes sortes de choses que je n’avais pas l’envie de dire – et desquelles je n’étais absolument pas convaincu. Et lorsque parfois je les avais dites, ces choses, j’étais déçu qu’on se cache pour maugréer en se fiant sur l’autre pauvre cave qui, lui, signait la charge, chaque semaine.
J’ai été déçu par certaines politiques, à tous les niveaux de gouvernement – je ne l’ai jamais caché. J’ai été déçu par l’inaction de certains de mes concitoyens, qui ont préféré se taire plutôt que de dénoncer – je l’ai répété. Mais jamais je n’ai été déçu autant que devant tous ceux qui avaient une tribune et qui cherchaient à me faire passer leur propre message. Des femmes et des hommes brillants qui ont un point de vue intelligent, mais qui continueront de se fermer la gueule. Pas parce que c’est louable, quoi qu’ils en disent. Pas parce que c’est nécessaire. Mais parce que c’est plus facile.
Je ne serai plus le fleuret de service. Ne m’invitez plus dans un studio si c’est pour me faire dénoncer quelque chose. J’ai envie de faire vivre la culture régionale. Pas de m’attaquer aux problèmes du monde. Si j’ai encore quelque chose à dire, je le ferai à travers mes prochains projets d’écriture. Un roman. Un recueil de poésie. Dieu sait quoi.
Mais pas autrement.




