Archives Mensuelles: octobre 2010

Lancement de Moscou Cosmos, d’André Girard


Avis aux intéressés, André Girard, l’auteur baieriverain (originaire de Laterrière, mais tellement associé à La Baie qu’on finit par l’oublier), fera le lancement de son nouveau roman, Moscou Cosmos, à l’Auberge des 21, le 3 novembre à 17h. Je ne pourrai malheureusement pas être de la fête, puisque je serai sur mon départ pour le Salon du livre de Rimouski. Mais Moscou Cosmos trône déjà sur la pile des «À lire»…


Je suis infidèle


Je ne suis loyal qu’envers moi-même et envers ceux que j’aime. Et je ne suis fidèle à rien ni à personne. Les chiens sont fidèles. Pas moi.

Ce qui fait que parfois je me sauve en courant. Je n’en ai pas honte. Je ne me sens pas coupable. Je vais là où je me sens bien. Pas question de faire semblant. La vie est trop courte pour s’enfarger dans l’ego des autres.

Tout ça pour dire que ceux qui me connaissent le mieux n’ont absolument pas été surpris des récents changements dans ma vie (ma transition professionnelle, entre autres choses).

Ça ne m’empêche pas d’être un homme stable. Je suis amoureux de la même femme depuis plus de onze ans. Ce n’est pas rien.

Notez, je dis «amoureux» de la même femme. Pas seulement «J’ai la même blonde» ou «Je suis avec la même femme». Je suis amoureux d’elle, tous les jours depuis ce temps. Nous ne sommes pas toujours d’accord. Nous n’avons pas toujours les mêmes besoins ni les mêmes envies. Mais je suis amoureux d’elle chaque jour. Parce que c’est un voeu qui peut – qui doit – se renouveler de la sorte.

Cette longue introduction, c’est simplement pour vous dire que je ne suis pas fidèle non plus à blogger. Dans le cadre de mes nouvelles fonctions, j’ai découvert la plateforme wordpress que j’apprécie particulièrement. Alors j’ai tout simplement importé le blogue Cris écrits sur le blogue Le carnet de flânage, disponible à jeanfrancoiscaron.wordpress.com. C’est là que je continuerai de bloguer.


Citation : Élisabeth Vonarburg


Il y avait cette semaine l’inauguration officielle du circuit littéraire La Littérature aux abords des rivières, organisé par le Salon du livre du Saguenay – Lac-Saint-Jean. À La Baie, Chicoutimi et Jonquière, des bornes présentant le travail d’auteurs de renom, morts ou vifs, étant nés ou ayant vécu dans la région.

Invitée à prendre la parole, Élisabeth Vonarburg, dont la borne est installée dans la portion chicoutimienne du parcours, a fait un superbe discours – de ceux qui devraient être publiés. Je retiens entre autres ce passage où elle compare la fin d’une histoire avec celle de la fin d’une rivière, qui s’ouvre sur la vastitude :

«Le lecteur peut continuer son voyage quand l’histoire fait semblant d’être finie…»
(Élisabeth Vonarburg, 21 octobre 2010)

photo: Élaine Brodeur (source)

Questionnaire de La Recrue


Je le disais dans un autre billet, le webzine larecrue.net m’a choisi comme recrue du mois d’octobre. J’ai donc dû répondre au questionnaire de la recrue, que je transcris ici.

1.  Avez-vous écrits d’autres types de textes avant de vous tourner vers le roman ?

J’ai aussi publié de la poésie. En 2006 paraissait Des champs de mandragores (aussi à la Peuplade). C’était un appel humaniste halluciné où je traitais des difficultés vécues dans le milieu de la culture ainsi que des lacunes démocratiques importantes symptomatiques du désintérêt populaire répandu… J’y faisais aussi un rapport entre la beauté esthétique et la laideur conventionnée, jouant de contrastes irréconciliables. Cette façon de chercher le beau là où personne ne l’attend plus fait d’ailleurs partie de ma démarche depuis ce temps.

Plus récemment, en septembre 2010, j’ai publié aux éditions Trois-Pistoles un nouveau recueil de poésie. Celui-ci est en quelque sorte une parenthèse dans ma production. J’ai choisi d’y faire un témoignage poétique à propos d’une expérience vécue – c’est le récit poétique d’un père qui se penche sur le corps malade de son fils, de la même façon qu’une génération de nationalistes de la première heure voit défaillir leur rêve d’avoir un pays. Du coup, j’en profite pour parler d’un nouvel eugénisme à repousser, celui de l’image de la perfection devenue une quête sociale de premier plan.

Enfin, j’ai été pendant cinq ans rédacteur en chef de Voir Saguenay – Alma, publication pour laquelle j’ai aussi agi comme chroniqueur pendant quatre ans. Ma chronique a d’ailleurs été pour moi un bel exercice de style. Si le choix du sujet a toujours été d’une grande importance, je me suis souvent amusé à jouer avec les mots, à introduire des séquences de narration, à expérimenter différentes stratégies rédactionnelles. L’intérêt n’était donc pas autant de dénoncer que de rendre esthétique le rapport à différentes problématiques culturelles, sociales ou politiques.

2.    Avez-vous un rituel d’écriture ?

Ce n’est pas un rituel au sens où on l’entend le plus souvent – je n’ai pas l’habitude de commencer mes journées par un marathon matinal d’écriture comme le fait par exemple Hervé Bouchard (Mailloux, Parents et amis sont invités à y assister, Harvey). J’admets toutefois qu’il m’arrive de profiter du calme de la fin de soirée pour prendre un verre de rouge et écrire quelques lignes, ne serait-ce que pour profiter d’un instant de bien-être dans le silence post-apocalyptique de la maisonnée, quand les garçons sont enfin couchés.

Ce qui se rapproche toutefois le plus d’un rituel dans ma pratique, c’est cette tendance que j’ai d’écrire à voix haute. C’est-à-dire que je narre à haute voix tout ce que j’écris, comme si j’en faisais lecture à quelqu’un, jusqu’à ce que j’arrive à me mettre le texte en bouche sans que la langue ne me fourche. Ainsi, pour Nos échoueries,  je peux affirmer avoir relu chaque passage et chaque chapitre une multitude de fois, au point où j’en sais quelques passages par cœur.

Cette pratique me permet d’avoir une trame narrative qui colle véritablement à mon souffle. Elle me vient de l’habitude que j’ai d’écrire en prévision de soirées de poésie et d’autres événements publics me demandant de prendre le micro. J’ai par exemple été membre pendant plusieurs années du mouvement saguenéen de création sous contraintes 3REG, qui exige la production bimensuelle d’un nouveau texte à présenter en public. Ce fut une école remarquable. Je participe aussi régulièrement à des événements comme les soirées des Poèmes animés (des événements plutôt «trash», contrairement à ce que laisse penser leur intitulé bon enfant) ainsi que les Nuittes de poésie au Saguenay.

3.    Quel serait, pour vous, le point de départ de l’écriture (une anecdote, un personnage, un thème, une thèse, etc.) ?

À la source de Nos échoueries… Un jour, j’ai découvert dans les documents de mon beau-père un tapuscrit datant de plusieurs années… Mon beau-père avait travaillé plusieurs années dans un foyer de personnes âgées. Un jour, un vieil homme bénéficiant de ses services lui a demandé s’il voulait faire avec lui le tour de la Gaspésie – ce qu’il tenait à faire avant de mourir. Mon beau-père a pris congé et l’a emmené avec lui. Tout au long du voyage, le vieil homme a pris des notes, qu’il a ensuite tapées à la machine – pour la postérité! Si le document en question n’avait pas de valeur littéraire remarquable, il demeurait pour moi l’important symptôme d’un désir de transmission qui serait très riche en inspiration. Le vieil homme est devenu Pierre Saint-Pierre, que le personnage principal de mon roman voudra faire voyager… d’une façon toute différente.

Plusieurs anecdotes ou faits divers viennent nourrir mon travail de rédaction. Toutefois, comme pour l’exemple de la création de Pierre Saint-Pierre, ils ne se retrouvent pas tel quel dans mon texte. Dans tous les cas, je refuse de me soumettre au réel. S’il y a une chose qu’il faut préserver dans l’écriture de fiction, c’est bien la liberté qu’elle nous permet.

4.    Comment entrevoyez-vous la tension entre forme et fond ? Vous êtes plutôt préoccupé par le style ou par le propos ?

On dit que Nos échoueries est un roman poétique. Pourtant, j’avais surtout envie de raconter des histoires. Ce n’est pas que je veuille renier l’aspect poétique de ce que j’écris. Je jette sans aucun doute un regard poétique sur ce qui m’entoure. Mais ce n’est pas un objectif.

Dans La fin de l’homme, Daniel Bélanger a chanté « La poésie est là tout autour/fragile, fragile, eh puis c’est fini/ la beauté dispose et n’a besoin de personne ». C’est ça. La poésie est là, je n’ai pas l’impression de l’inventer. Je la lis dans ce que je vis, dans ce dont je parle, dans ce que je raconte. Elle s’impose.

5.    Quelle importance accordez-vous au narrateur et à la forme narrative ? Ils allaient de soi ou résultent d’une recherche ?

Dans Nos échoueries, la narration a ceci de particulier que le personnage principal s’adresse, par l’intermédiaire de la deuxième personne, à la femme qu’il a laissée derrière lui pour retourner dans son village natal. Il s’agit donc d’une deuxième personne hallucinée, puisque la femme à qui il s’adresse n’est pas véritablement présente avec lui. Il lui parle comme on se parle à soi-même, dans un rapport méditatif à la vie.

Cette pratique narrative n’est évidemment pas fortuite. Il faut dire que j’ai fait une maîtrise en études et création littéraires à l’Université du Québec à Chicoutimi, et mon mémoire portait justement sur la portée identitaire de l’utilisation de la deuxième personne en narration. J’ai donc expérimenté cette pratique pendant quelques années… Et elle demeure présente même aujourd’hui dans ce que j’écris.

6.    Quand vous êtes dans une période de doute qui paralyse votre rituel d’écriture, que faites-vous pour favoriser le démarrage ?

J’ai souvent besoin du paysage. Pas pour écrire ce paysage, mais pour me sentir assez bien pour écrire. Je suis plutôt du genre contemplatif – j’imagine que ce doit être évident avec ce que j’écris. Tout ça pour dire que, quand vraiment j’en ai besoin, je retourne passer un moment au bord du fleuve, question de me ressourcer. Mais alors, j’ai toujours le fleuve de travers dans la gorge pendant quelques semaines…

7.    Outre la littérature, quelles autres formes artistiques vous intéressent?

J’ai des intérêts très variés. Le travail que j’ai effectué comme rédacteur en chef de Voir Saguenay – Alma m’obligeait à une grande polyvalence (qu’on parle de théâtre, de littérature, de musique actuelle ou d’arts visuels). J’ai aussi abordé les arts contemporains et la performance artistique pour d’autres publications  (par exemple Vie des arts et Le Sabord). Pour moi, il faut non seulement lire pour écrire, mais aussi être confronté à différentes pratiques artistiques choquantes ou bouleversantes. Je déteste le confort. Pour chaque pas qu’on fait, il faut ce moment de déstabilisation…

8.    Avez-vous fait lire votre manuscrit à des proches avant sa publication ? Vous inquiétez-vous de leur regard sur votre œuvre ?

J’ai effectivement fait lire Nos échoueries à un cercle de lecteurs proches avant de le faire parvenir à la Peuplade. J’avais choisi trois personnes en fonction du propos du roman, mais aussi selon leur capacité de réfléchir au-delà de ce que j’ai écrit. Je devais aussi avoir la certitude qu’ils sauraient être critiques, qu’ils se sentiraient capables de me faire des commentaires constructifs. C’est souvent le plus difficile : savoir être critique. Je ne me suis pas trompé car l’expérience a été particulièrement riche pour moi. Je n’hésiterais pas à leur faire confiance à nouveau.

9.    Êtes-vous un inconditionnel du papier ? Comment percevez-vous l’arrivée du livre électronique ?

Je ne doute absolument pas que le livre électronique s’accaparera une partie grandissante du marché du livre. Je lis moi-même à l’écran régulièrement, et l’idée de me procurer une liseuse me traverse régulièrement l’esprit. Toutefois, j’aurai toujours un intérêt particulier pour le livre traditionnel – à condition que les maisons d’édition en prennent soin.

À la Peuplade, les auteurs ont la chance de collaborer avec des artistes en arts visuels faisant leur propre lecture du manuscrit pour proposer des œuvres qui, tout en respectant leur démarche, amèneront une autre couche de sens au manuscrit. C’est une prise de position éditoriale qui rend les ouvrages de la Peuplade reconnaissables entre tous. Une pratique qui m’a toujours plu, même bien avant que je n’imagine être publié à la Peuplade.

Pour Nos échoueries, c’est un artiste originaire de Sayabec, Simon-Pier Lemelin, qui a signé la couverture. Quant à Des champs de mandragores, on trouve sur sa couverture (en première et en quatrième) deux œuvres du peintre almatois Julien Boily.

10.    Y a-t-il une citation que vous pourriez considérer être votre maxime? Quel conseil donneriez-vous à ceux qui ont l’ambition d’écrire et aimeraient être publiés ?

«Chaque histoire a sa langue propre. Le grand défi, quand on en commence une, c’est de trouver la bonne voix pour raconter. Le bon langage. Tant de choses en dépendent. Il faut que le lecteur y croie, c’est la première condition. Quoi qu’on raconte, il faut que le lecteur y croie. Il faut que ce soit vrai. Cela n’a rien à voir avec la réalité, pas du tout. Ce n’est qu’une question de langage. Toute la vérité d’une histoire se trouve dans les mots que l’auteur emploie pour la raconter.»
 (Marie-Christine Bernard, in Mademoiselle Personne)


La recrue du mois


Ça me fait tout drôle de vous dire ça, mais je suis actuellement La recrue du mois. Ce que ça signifie, c’est que le webzine www.larecrue.net, qui choisit mensuellement un jeune auteur comme tête d’affiche, a décidé de s’intéresser à Nos échoueries.

On  trouve entre autres dans le webzine:


Ma carte blanche à Radio-Canada


J’ai été invité ce matin à la radio de Radio-Canada pour une carte blanche. J’avoue que je ne savais pas trop dans quoi me lancer encore hier soir. J’avais commencé par écrire un texte – que je n’ai finalement pas lu. Parce que j’ai plutôt choisi de parler de l’écriture sous contrainte.

On peut entendre la carte blanche ici.

Pour les curieux, le texte que j’avais commencé à écrire – et qui mériterait certainement encore du travail. J’en avais commencé l’écriture en m’imposant comme contrainte les mots «carte blanche». Ça allait comme suit:

@font-face { font-family: "Arial";}@font-face { font-family: "Courier New";}@font-face { font-family: "Wingdings";}p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; font-size: 10pt; font-family: Arial; }p.MsoBodyText, li.MsoBodyText, div.MsoBodyText { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: justify; line-height: 150%; font-size: 11pt; font-family: Arial; }div.Section1 { page: Section1; }ol { margin-bottom: 0cm; }ul { margin-bottom: 0cm; }

«J’ai d’abord écrit sur la carte : Blanche. Je ne savais trop ce que j’avais envie de lui dire.
Je suis allé en ville. À la tabagie. Et j’ai choisi une carte postale. J’ai pris mon temps pour choisir. Pas de petit chien. Pas d’enfant dessinant en couleur dans un univers en noir et blanc. Pas de singe se grattant le popotin. Il fallait quelque chose de sincère.
Puis j’ai trouvé. C’est le Lac. Pas n’importe quel. Son Lac. Quand je regarde le rectangle de paysage que je pince entre mes doigts, j’ai cette drôle d’impression. D’être au chalet. Au chalet de ma grand-mère. Au chalet de Blanche. 
Alors voilà. J’ai cette carte postale sur laquelle j’ai d’abord écrit Blanche. Puis, j’ai déposé mon stylo. Quand on est soi-même en voyage, on a toujours trop de choses à écrire. Mais cette fois, ce n’est pas moi qui suis parti. C’est elle. C’est Blanche.
J’écrirai que je l’ai aimée toute ma vie. Que j’aurais dû aller la voir plus souvent, que je n’avais aucune excuse de ne pas l’avoir fait. Que ses conseils, ses colères, même, me manqueront.
Puis, j’épinglerai la carte sur le mur du salon, près de la fenêtre.

Là où elle se trouve, Blanche n’a plus d’adresse.»


Retour sur le Salon du Saguenay – Lac-Saint-Jean


Je n’ai même pas eu le temps de revenir sur mon expérience au Salon du livre du Saguenay – Lac-Saint-Jean, qui fut belle, pour l’essentiel. Bien sûr, je ne me suis pas bien entendu avec tous les auteurs que j’ai rencontrés. Il y en a quelques uns qui peuvent se féliciter d’avoir attendu que je n’aie plus de chronique pour me rencontrer. Parce qu’avec les âneries que j’ai entendues, ils auraient sans doute fait la manchette. 
Mais surtout, ce que je retiens, c’est la félicité des courts moments que j’ai partagés avec certains lecteurs. Quelques uns qui m’avaient déjà lu. Ceux qui étaient déçus que je ne sois plus chroniqueur. Ceux qui étaient emballés d’avoir lu Nos échoueries. Ceux qui avaient entendu parler de Vers-hurlements et barreaux de lit à la télé (j’ai accordé des entrevues à Vox et à TVDL) ou qui avaient lu un article au sujet de mon dernier né dans le Réveil
C’est toujours extraordinaire de rencontrer. 
Je remets ça dès cette semaine, au Salon du livre de la Péninsule acadienne. Dès jeudi, j’irai présenter Nos échoueries dans un décor de bord de mer. Où les gens ont de l’eau salée dans les veines.  Et pas que dans les yeux.

La courte histoire d’une entrevue à la radio


Mettons-nous en contexte. Je viens de laisser mon «poste» de rédacteur en chef au journal Voir. Je suis parti un peu vite, mais personne ne pourra dire que c’était un coup de tête. Les tempêtes ne sont jamais si subites qu’on pourrait le croire. 
J’ai surtout été séduit par l’idée de me joindre à l’équipe de La Rubrique. On ne trompe pas un amour sincère sans avoir déjà regardé ailleurs. C’est sûr que j’étais prêt à ce changement.  J’étais prêt à m’investir dans une nouvelle aventure. Et mes premiers jours au sein de l’organisme m’ont prouvé que j’ai eu raison. De quitter, mais surtout, de me laisser séduire. 

Aujourd’hui, j’étais invité à la radio pour parler de ce changement «subit», de cette «volte-face». J’aimerais revenir sur cette expérience en soulignant quelques points.

  1. Dans ma dernière chronique, j’ai avoué quitter pour mieux m’effacer
  2. Au recherchiste qui m’avait contacté avant l’entrevue, j’ai précisé que je n’allais pas à la radio pour prendre position
  3. Pendant l’entrevue, j’ai précisé que je trouvais que depuis un certain temps, on donnait trop d’importance à ce que je pensais, et que mon opinion ne valait pas plus que celle d’une autre personne. 
Résultat? L’animateur a tout de même tenté de me faire dénoncer «l’administration en place», cherchant à me faire dire que les problèmes de la culture dans la région lui étaient redevables. Si c’était si simple, il n’y en aurait pas, de problème. Mais c’est la culture en région qui a la vie dure. Faut arrêter de penser que Saguenay est le nombril du monde. J’aurais peut-être dû lui dire que s’il avait quelque chose à dire, il y avait un journal qui cherchait un chroniqueur. Mais je ne suis pas assez vite pour ces affaires là.
Ce n’est pas étranger à mon choix de délaisser la chronique. Ce qui me tue, c’est justement  qu’on a tellement de fois tenté de me faire dire toutes sortes de choses que je n’avais pas l’envie de dire – et desquelles je n’étais absolument pas convaincu.  Et lorsque parfois je les avais dites, ces choses, j’étais déçu qu’on se cache pour maugréer en se fiant sur l’autre pauvre cave qui, lui, signait la charge, chaque semaine. 
J’ai été déçu par certaines politiques, à tous les niveaux de gouvernement – je ne l’ai jamais caché. J’ai été déçu par l’inaction de certains de mes concitoyens, qui ont préféré se taire plutôt que de dénoncer – je l’ai répété. Mais jamais je n’ai été déçu autant que devant tous ceux qui avaient une tribune et qui cherchaient à me faire passer leur propre message. Des femmes et des hommes brillants qui ont un point de vue intelligent, mais qui continueront de se fermer la gueule. Pas parce que c’est louable, quoi qu’ils en disent. Pas parce que c’est nécessaire. Mais parce que c’est plus facile. 
Je ne serai plus le fleuret de service. Ne m’invitez plus dans un studio si c’est pour me faire dénoncer quelque chose. J’ai envie de faire vivre la culture régionale. Pas de m’attaquer aux problèmes du monde. Si j’ai encore quelque chose à dire, je le ferai à travers mes prochains projets d’écriture. Un roman. Un recueil de poésie. Dieu sait quoi.

Mais pas autrement.


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