Archives Mensuelles: septembre 2010
Un simple lecteur
Parce que déjà la rumeur sourd. Parce que plusieurs ont déjà été témoins des faits. Et parce que j’ai envie de vous l’annoncer moi-même. Je publie ici en avance ma chronique qui sera diffusée sur le site
http://www.voir.ca/
mercredi, et dans le journal Voir Saguenay/Alma jeudi.
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mercredi, et dans le journal Voir Saguenay/Alma jeudi.
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Un simple lecteur
J’ai tellement écrit.
Je me souviens de mon premier article dans ces pages. C’était une critique des Brumes de Cuba, recueil que publiait Pierre Demers en septembre 2005. Avec le temps, avec l’effort, on ne se souvient plus de tous les textes. Ni de tous les sujets. Mais le premier ne s’oublie pas.
Déjà à cette époque, on commençait à s’interroger sur l’avenir de l’île sous embargo. J’écrivais: «Et il y a cette question qui fait écho dans le brouillard: qu’adviendra-t-il après Fidel, de cette île et de son peuple, lorsqu’un vent de la mer viendra chasser la brume de Cuba?» La semaine dernière, on annonçait de grandes réformes sur le joyau communiste aujourd’hui dirigé par Raúl, frère du père de la Révolution. Les régimes changent ou évoluent. Les chefs se suivent et ne se ressemblent pas.
Je me souviens, plus tard. De la fébrilité que j’ai vécue en écrivant la première de mes chroniques. Du grand chantier que cela représentait pour moi. La montagne de tout ce qu’il y avait à creuser. De tout ce qu’il y avait à dire. Je me tenais debout devant tout ça avec ma petite pelle, comme un enfant à la fois enthousiaste et effrayé pourrait s’attaquer aux dunes d’un désert. J’en ai pelleté, de la poussière – et toutes sortes de choses. On n’en viendra jamais à bout. Il y aura toujours quelque chose à dire.
Surtout, j’ai eu envie tout ce temps de mettre du beau dans votre vie. J’ai pensé à vous. À tous les jours.
Parler de culture, oui. Mais chercher à le faire bien, surtout. J’ai parfois réussi. Pas toujours. Mais je le désirais. De tout mon cœur. Chaque semaine depuis ce temps. Mettre du beau dans votre vie.
Pendant cinq ans, l’écriture a pris toute ma vie en otage. Je devais avoir le syndrome de Stockholm parce que je l’ai aimée, plus que tout, cette écriture. Celle qui m’astreignait à la rigueur, à la régularité. Celle qui contrôlait toute mon existence.
On se lasserait des plus belles maîtresses. Parfois, des amoureux se séparent avant de trop se détester. C’est comme ça que les souvenirs demeurent.
Voilà, c’est dit. Je me retire.
Il me manquera, lors des prochains spectacles auxquels j’assisterai, de tout noter pour vous en parler. Me manquera d’être celui qui critique, qui encourage, qui invite, qui réfléchit. Et qui partage.
Il y a quelques jours, à la salle Marguerite-Tellier, j’ai assisté à une prestation – remarquable – de Jonathan Boies, qui opère ce fructueux mariage entre la poésie et le gumboot. C’est à ce moment seulement que j’ai compris le vide qu’il y aurait dorénavant dans ma vie.
Car vous avez toujours été avec moi: lorsque je lisais un livre, lorsque j’explorais une galerie d’art, lorsque je regardais un film ou assistais à un spectacle, de danse, de musique, de théâtre. Lorsque je maugréais contre nos décideurs, aussi. Vous étiez là.
Je serai seul, dorénavant. Et vous me manquerez.
Cette chronique est certainement la plus difficile que j’aurai eue à écrire en cinq années de labeur rédactionnel. Il m’aura fallu plusieurs jours. Des dizaines de ratures, des brouillons chiffonnés, puis rejetés. Et, oserai-je l’avouer, quelques larmes ravalées. Pas de tristesse, non. Mais de ces sanglots qui accompagnent les étapes les plus importantes d’une vie.
On ne quitte pas ceux qu’on aime sans être bouleversé. Même si on sait que c’est pour une belle aventure. Le bonheur exige sa dîme. Elle se paie en larmes.
J’ai pris la décision de me lancer dans une aventure imprévue – et imprévisible. Comme ça, par instinct, par goût du défi. C’est un amour latent qui soudainement se sera révélé avec force: celui que j’entretiens pour le théâtre. Voilà, c’est officiel: j’irai me joindre à l’équipe de La Rubrique. Où j’aurai de nouvelles fonctions. De celles qui me permettront de m’effacer un peu. Parce que, quoi qu’on en pense, je n’ai pas toujours quelque chose à dire. Pas souvent, même.
Ainsi, je ne serai plus un reflet de la culture. J’en serai partie prenante. Pas seulement comme auteur, mais comme artisan. Et je pourrai recommencer à la découvrir par goût. Ce sera par un mouvement des tripes plutôt que par devoir.
Lorsque j’écrirai à l’avenir, ce ne sera plus une obligation. Ni une habitude. Ce sera seulement un élan irrépressible. Une urgence.
Au moment de retirer enfin mon couvre-chef, je voudrais en profiter pour saluer toute l’équipe de Voir. On ne quitte jamais vraiment une si belle famille. Voir est plus qu’un journal. C’est un mode de vie, une école incomparable. Une institution vivante et résolument tournée vers la culture et son avenir.
Ça me met tout à l’envers. Et en même temps, ça me rassure. La prochaine fois que je prendrai un exemplaire de Voir dans un présentoir, ce sera comme simple lecteur. Comme vous. C’est dire qu’au fond, je vous rejoins enfin.
Il n’y a pas de bonne façon de dire adieu. Bien sûr, je continuerai d’écrire. Mais ailleurs. Et autrement. Alors ce n’est peut-être qu’un au revoir.
Un autre cèdre mort
Les oiseaux se battent. Le silence est pesant. Mon corps aussi. Comme celui de la chienne qui s’étire à mes pieds.
Le parfum froid du fond de mon café irrite le matin. Un matin comme ça. De café froid, de corps de chienne, de poids de silence et d’oiseaux battus.
J’ai envie de pleurer devant un autre cèdre mort.
Le secret de la maison
Je viens d’apprendre une terrible nouvelle. De celles qui changent à tout jamais la perception que l’on a des choses.
Au centre de mon univers, il y a une maison. Pas celle dont je termine à peine la construction. Ni même celle que j’ai perdue suite à un incendie causé par la foudre – que j’aimais pourtant beaucoup.
La maison qui, vraiment, m’occupe l’esprit, c’est celle de l’enfance. Celle qui hante mes rêves depuis des années. Celle qui a en partie inspiré la maison de Nos échoueries…
Il y avait une cuisine d’été annexée à cette maison. Assise sur un carré de béton inaccessible – ni par la cave basse, ni de l’extérieur. Alors dans ma tête de petit gars, c’était plein de toutes sortes de trésors, évidemment. Et plus tard, ça a caché des cadavres, et toutes sortes de choses effrayantes…
Eh bien, l’actuel propriétaire de la maison aurait, semble-t-il – j’ai un espion au village – créé une brèche dans le mur pour atteindre le sous-sol hermétique de la cuisine d’été. Il y a trouvé quelque chose… Mais rien de bien romantique.
De vieilles chaises brisées. Pas grand chose de plus.
Terrible nouvelle. Il n’y avait ni trésor, ni squelette. J’ai le coeur fendu.
Un roman qui porte à réflexion
Il y a eu quelques articles signés à propos de Nos échoueries au cours des dernières semaines. Si chaque fois, je suis charmé – de voir qu’on prend le temps non seulement de lire ce que j’ai écrit, mais de partager avec d’autres les impressions que mon roman a suscitées – j’avoue être particulièrement ému devant ce que je viens de découvrir.
Un article vient de paraître dans le feuillet Le Glaneur, un trimestriel publié depuis 20 ans à Saint-André de Kamouraska, village qui a inspiré les paysages de mon roman. Il semble que Nos échoueries ait attiré l’attention d’un ancien conseiller municipal, Monsieur Robert Moore, qui signe un commentaire sur le livre.
Je suis on ne peut plus heureux de voir que mon roman puisse porter à réflexion. Qu’il fasse la lumière sur des problématiques réellement vécues dans les villages. Et qui sait, peut-être qu’il suscitera des débats fructueux, qui permettront de trouver les solutions nécessaires pour changer les choses et y insuffler une vie nouvelle… Je n’ai jamais eu la prétention de croire que mon écriture changerait le monde. Mais si cela devait arriver, même juste un peu, je serais certainement le plus choyé des hommes.
J’aimerais toutefois préciser que, si les décors de Nos échoueries sont effectivement inspirés de la municipalité de Saint-André de Kamouraska, j’ai voulu parler de certaines problématiques vécues dans de nombreux villages du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine, ainsi que sur la Péninsule acadienne et sur la côte est du Nouveau-Brunswick. Cette (triste) réalité que j’ai dépeinte n’est pas l’affaire d’un village, mais d’une société. Trop de villages implosent. Et c’est à chacun de trouver les solutions qui s’imposent.
Il ne faut donc pas chercher précisément des personnes réelles parmi mes personnages. Moi-même, je n’en suis pas le personnage principal, même si nous partageons certains souvenirs. Et j’admettrai qu’il y a effectivement des anecdotes réelles qui ont inspiré mon ouvrage – l’incendie du foyer Desjardins, entre autres choses – mais au-delà, ce n’est que fiction.
Je suis très heureux, et ému, que des gens du village de Saint-André de Kamouraska se soient approprié mon roman. Je retourne chez vous (chez moi) le plus souvent possible. Et j’y ressens toujours les mêmes émotions. Un mélange de réconfort, de tristesse, de mélancolie et d’espoir.
Salut Saint-André!
+++
Pour en savoir un peu plus sur Saint-André de Kamouraska, visitez le site Internet du village.
L’UNEQ dénonce le projet de loi sur le droit d’auteur C-32
Un communiqué envoyé par l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec que je reproduis tel quel ici.
Projet de loi sur le droit d’auteur C-32 : L’UNEQ se mobilise Les écrivains ont tout à perdre
Le projet de loi C-32 tente, nous dit-on, d’équilibrer les droits des auteurs et les intérêts des consommateurs. En fait, il a surtout pour effet de dépouiller injustement les créateurs de leurs revenus. Les écrivains sont particulièrement touchés, parce qu’ils fournissent la matière première du système d’éducation, une matière première dont le gouvernement cherche à rendre l’accès gratuit. Si le projet de loi passait tel quel, l’utilisation d’une œuvre « aux fins d’éducation, de parodie et de satire » ne constituerait pas une violation du droit d’auteur, c’est-à-dire qu’on pourrait utiliser les œuvres sans le consentement de leurs auteurs et sans rémunération. Il faudrait simplement que cette utilisation soit « équitable », au sens défini par la Cour Suprême en 2004. Or, cette définition a donné aux exceptions une portée très large en faveur des utilisateurs. Par ailleurs, le terme « éducation » n’étant pas précisé dans la Loi (il n’est pas restreint aux établissements d’enseignement), il faudrait, dans les cas où ils s’estiment lésés, que les écrivains demandent aux tribunaux de se prononcer, et ce à leurs frais. Les amendes en cas d’infractions non commerciales sont cependant réduites au minimum et les fournisseurs de services Internet ne seraient pas tenus responsables des contenus qui circulent sur leurs sites, même si ceux-ci contreviennent à la Loi.
Résumé des exceptions sans rémunération :
Exception « You Tube » : un utilisateur pourra créer une œuvre nouvelle en utilisant gratuitement une partie ou la totalité d’une de vos œuvres existantes, à condition qu’il n’en fasse pas un usage commercial. Il sera tenu, « si cela est possible dans les circonstances », d’en indiquer la source. Cette exception est unique au monde et a une très large portée, les termes « à des fins non commerciales » couvrant une multitude de possibilités.Reproduction à des fins privées : une personne physique peut reproduire intégralement sur tout autre support une œuvre qu’elle détient légalement et en permettre l’accès à « des fins privées », un terme qui, encore une fois, n’est pas défini. Le gouvernement refuse d’étendre à de nouvelles catégories d’œuvres et à de nouveaux appareils la redevance pour copie privée existante, prétextant qu’il s’agirait d’une nouvelle taxe à la consommation.
Communication d’une œuvre par télécommunication : à des fins d’éducation à distance, un établissement d’enseignement peut transmettre à un élève une œuvre protégée dans le cadre d’une leçon. L’établissement doit prendre des mesures « dont il est raisonnable de croire » qu’elles empêcheront la dissémination de l’œuvre, mais aucune sanction n’est prévue si l’établissement ne le fait pas.
Reproduction pour une présentation visuelle ou un examen : l’œuvre entière peut être utilisée quel que soit le support de reproduction, y compris les clés USB.
Prêt entre bibliothèques : les bibliothèques pourront désormais communiquer à un usager des articles de périodiques sous forme numérique. Elles devront prendre les mêmes mesures « dont il est raisonnable de croire », mais sans qu’il y ait de sanctions prévues, si ce n’est pas fait.
Œuvres sur Internet : les établissements d’enseignement pourront, à des fins pédagogiques, reproduire, communiquer par télécommunication et exécuter en public une œuvre accessible sur Internet. Actuellement, le principe reconnu est qu’une œuvre est protégée dès qu’elle existe sous une forme matérielle quelconque sans autre formalité. Cette exception renverse ce principe au profit des utilisateurs des œuvres et oblige les artistes et écrivains à utiliser des mesures techniques de protection.
Extension de la licence de photocopie : les reproductions numériques seront rémunérées sur la même base de calcul que les photocopies papier, sans égard à la dissémination possible de l’œuvre. Cette extension est accordée aux établissements d’enseignement sans le consentement des titulaires du droit d’auteur.
Copies de sauvegarde : cette exception donne au propriétaire d’une œuvre le droit de faire des copies de sauvegarde et de s’en servir, si l’œuvre originale devient inutilisable. Elle lui permet donc de reproduire l’œuvre sur tout support et autant de fois qu’il le juge nécessaire, sans rémunération pour l’auteur.
En bref : le projet de loi C-32 multiplie les exceptions sans prévoir de rémunération pour les artistes et les écrivains, nie leur droit d’autoriser ou non l’utilisation de leurs œuvres, reste vague quant à la portée des termes inscrits dans la Loi, s’en remettant aux tribunaux pour les interpréter (négligeant le fait que les créateurs n’ont souvent pas les moyens d’intenter des poursuites), fixe des amendes ridicules au regard des frais à encourir, déresponsabilise les fournisseurs de services Internet qui font d’énormes profits grâce à la circulation des œuvres, fait fi du travail de négociation réalisé par les sociétés de gestion des droits de reproduction canadiennes et fragilise l’industrie du livre et le développement de nouveaux marchés dans le secteur de l’édition.
Qui plus est, ce projet de loi contrevient aux traités internationaux signés par le Canada, soit la Convention de Berne et l’Accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce. Les signataires de ces traités doivent restreindre les limitations des droits exclusifs à « certains cas spéciaux qui ne portent pas atteinte à l’exploitation normale de l’œuvre ni ne causent un préjudice injustifié aux intérêts légitimes des détenteurs du droit ».
Danièle Simpson, vice-présidente de Copibec et de l’UNEQ





