Archives Mensuelles: août 2010

Suggestibilité et faux souvenir


Les distorsions de mémoire résultent de la combinaison erronée d’informations anciennes (correspondant à des faits réels) et d’informations nouvelles, soit spontanément acquises, soit suggérées par quelqu’un d’autre. (Tout sur la mémoire, Bernard Croisile, p. 355)

Voilà le jeu que je me propose de jouer dans l’écriture de mon nouveau roman. Celui de la mémoire détournée/qui se détourne. Réconcilier réel et fiction, non seulement en croisant des faits historiques et issus de l’imaginaire (comme pour n’importe quel roman), mais en mettant en scène un tel métissage, l’incarnant dans un personnage pour qui le rapport à la mémoire est fragile et incertain. Sont particulièrement intéressants les phénomènes de la suggestibilité (trace perceptive déformée) et du faux souvenir (trace perceptive créée) tels que présentés par Croisile.

La question demeurera: celle de la vérité. Qu’est-ce qui sera vrai/imaginé/transformé? Au final, pourrons-nous l’établir?

Le danger auquel je m’expose: comment faire prendre conscience au lecteur de cette incertitude? Comment le faire douter, sans le trahir, mais surtout, sans imposer cette incertitude comme une vérité immuable, comme une certitude, justement…

L’histoire se pose doucement. Les moyens narratifs sont encore à découvrir. Ça viendra.


Les îles devront attendre


Difficile, dans cette saison de salons qui s’annonce, de trouver assez de temps. Je corde les embûches, j’en aurai trop à brûler pour m’y rendre avant l’hiver.
Pour tout vous dire, je voulais aller sur le Brandy Pot, et sur l’île aux Lièvres. Mais les places là-bas sont restreintes, les horaires chargés, je me retrouvais coincé. Concilier les îles avec la famille, c’était un peu compliqué. Alors les îles attendront.
Pendant leur attente, je creuserai ailleurs. La mémoire, surtout. Fouillerai ces fonds de tiroirs pour voir peut-être sortir de là quelques pages. Déjà l’idée de l’hypnose, de la transe comme d’une dépossession de soi, me semble intéressante. Pas comme sujet de l’histoire – je ne suis absolument pas en train de parler d’un personnage qui serait hypnotisé, ce serait d’un ennui – mais comme d’une contrainte, d’une méthode, d’une tournure. J’ai quelque chose comme une intuition, je crois. Celle de l’insouveraineté d’une vieille femme qui oublie. Une insouveraine, sans ascendance, sans descendance.
J’y réfléchis. Ça fait du bien.
J’y réfléchirai.

M’ennuie de ma vieille gibecière


Drôle. Moi qui pensais qu’il n’y avait que des bots qui visitaient ce blogue. Surtout que je ne suis pas très régulier. J’ai été surpris de recevoir ces messages d’encouragements et de félicitations après avoir publié la nouvelle de ma bourse du CAC sur \ cris écrits /. Même une journaliste du Progrès Dimanche m’a contacté. Elle avait lu mon billet. Son article sera publié dimanche.
J’avais toujours perçu ce blogue plutôt comme un carnet de route, une espèce de journal. Le lieu de quelque réflexion. Remarquez, ça ne change rien à la patente.
Me suis acheté un cahier tout neuf, hier. Il n’est pas particulièrement beau, mais à peu près indestructible. On peut le torturer, en faire un rouleau, l’ouvrir à 360° (sans pour autant être relié en spirale). Bref, on l’a imaginé pour moi.
J’espère garder des traces de tout le processus d’écriture de mon nouveau roman, dans ce cahier. Écrire des bribes de narration, sans doute aussi, mais je ne pense pas réussir à n’écrire que là. C’est que j’ai une maladie rare: je suis maniaque des calepins. Il en traîne partout, et j’y écris en fouillis des vers, des bribes de toutes sortes d’histoires pêles-mêles. Le cahier que je viens d’acheter ne sera donc pas à proprement parler pour la création du nouveau roman, seulement un témoin de ma démarche. Entre autres, des traces d’entrevues. J’ai d’ailleurs déniché, quelque part dans le bas du fleuve, l’authentique fille d’un authentique gardien de phare. J’ai hâte de lui parler.
J’aimerais beaucoup me trouver une espèce de sac à main. Je trouve ma malette (achetée pour mon portable) un peu trop grosse pour la traîner partout. Il me faudrait un petit sac où rentrerait mon cahier roulé, quelques crayons, un petit appareil photo… Une espèce de baise-en-ville pour l’écriture. J’avais, avant l’incendie de la maison, une vieille gibecière très efficace pour ça. Elle avait la gueule un peu échancrée, sinon, c’était parfait. C’est ce qui manque le plus, après un incendie: du vieux. Faudrait que j’aille faire une razzia dans les marchés aux puces.
Cette nuit, plutôt que de travailler sur un contrat à finir, et plut que de dormir, j’ai défloré mon cahier. Et ce matin, je relis avec plaisir. Ce n’est absolument pas parfait. Mais j’y suis. Ça y est. Ça veut vivre. Ça m’inonde, refluant par tous les pores de mon imaginaire.
Quelle vie magnifique.

Comme un ti-cul qui doit faire du ménage


J’ai encore peine à y croire. Le Conseil des Arts du Canada m’a accordé une bourse pour l’écriture de mon prochain roman. J’avoue que je ne m’y attendais pas vraiment. On m’avait toujours dit non. Alors je suis habitué de me débrouiller avec un rien, de grapiller à gauche et à droite quelques minutes pour écrire une phrase ou deux, puis de tout mettre dans un tas à démêler plus tard, pendant une fin de semaine prise à mes frais, puis une autre, et une autre. C’est comme ça que s’est écrit Nos échoueries. C’est comme ça que s’est écrit mon mémoire de maîtrise. Je ne pensais jamais en sortir.
Mais voilà que j’ai un budget. Oh, ce n’est pas les gros chars, il faudra que je gère serré pour avoir assez de temps et tout à la fois assez d’argent pour vivre et pour mener à bien le projet. Mais c’est mieux que rien. Beaucoup mieux que rien. Beaucoup, beaucoup mieux.
Alors voilà. Il ne reste plus qu’a terminer les quelques petits contrats pour lesquels j’étais déjà engagé en-dehors du journal Voir et de Lettres québécoises, et après je n’en accepterai plus pour un bon petit bout de temps. La bourse permettra ça. Et de réduire un peu mes contributions pour Voir, même, peut-être. Y’a un pigiste nouvellement almatois qui avait l’air bien content de savoir ça – c’est lui qui prendra la balance.
Pour l’heure, je me sens comme un ti-cul qui vient de recevoir toute la collection des Lego Bionicles et à qui on a dit qu’il ne pouvait pas les toucher avant d’avoir fait sa chambre. Un ti-cul couché sur son lit qui regarde les boîtes cordées sur son bureau, trop obéissant pour ne pas se jeter à pleine main dans le premier paquet du bord, mais en même temps trop emballé par les formes qui se construiront entre ses mains pour s’attaquer véritablement à la tâche qui lui incombe.
Alors je pense. À ce voyage que je me suis promis sur le Brandy Pot. À cette retraite sur les Îles-de-la-Madeleine. À ces personnages au vécu de plus en plus riche et complexe qui évoluent déjà avec moi, devant moi, autour de moi. Qui m’interpellent. Je ne veux pas les taire. Surtout pas.
Faire le satané ménage de sa chambre soudainement trop grande. Faire ces contrats qui taponnent. Du pareil au même.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 1 253 followers