Archives Mensuelles: avril 2010

Nos échoueries dans La Presse


Je savais déjà depuis quelques jours que ça se produirait. Mais je n’osais pas en parler pour ne pas conjurer le sort. (Comme si j’étais superstitieux…) C’était peut-être le stress, aussi. J’ai toujours de la difficulté à accorder toute ma confiance en ce que j’écris, il faut croire. 
Et voilà que ce matin, après être allé porter le plus jeune au service de garde, j’ai fait un crochet à l’épicerie; j’ai marché tout droit vers le présentoir des journaux; je me suis penché sur la Presse; je l’ai feuilletée vitement; sur le point de me décourager, je suis tombé sur une image de la couverture de mon livre. Satisfait d’y trouver un texte qui en parle, j’allais refermer le journal mais j’ai succombé à la curiosité, planté au beau milieu de la place, oubliant ce qui se passait autour. Dans le magasin encore vide à cette heure matinale, il m’est venu cette bouffée de chaleur, une émotion à laquelle je ne m’habitue pas. Savoir que quelqu’un a aimé. Juste ça. Quelqu’un que je ne connais pas, qui a choisi de me lire, qui a tout traversé, et qui aimé. J’aurai sans doute l’air faible, mais j’ai presque pleuré. Ce n’est pas juste cet article. C’est la somme des quelques articles, et de ces gens qui ont lu Nos échoueries, qui m’ont arrêté dans un endroit public, qui m’ont écrit des courriels…
La caissière me regardait de travers d’en arrière de son comptoir. Je devais avoir l’air effronté de lire le journal comme ça sans l’avoir payé, j’imagine. Quand je m’en suis rendu compte, évidemment, j’étais gêné. Parce qu’alors, soit je passais pour un étrange en ne lui expliquant pas, soit je passais pour un vantard en lui expliquant. 
Pourtant, je suis juste un p’tit gars. Un p’tit gars qui sait enfin faire du vélo. Un p’tit gars qui vient d’embrasser une fille pour la première fois. Un p’tit gars qui a un beau bulletin. Un p’tit gars qui sait que tous ceux qui sont là sont venus pour son anniversaire. Un p’tit gars, quoi. Impressionnable et impressionné. 
Je me suis évidemment mis un pied dans la bouche. Vous avez écrit un roman? Oui. Je ne savais quoi dire de plus. C’est que, je suis un type particulièrement gêné, contrairement à ce que les gens pensent en général. Quand je n’ai plus mon chapeau de rédacteur en chef (et je ne le porte généralement pas à l’épicerie), je m’effacerais volontiers dans le papier-peint.
J’ai payé mon journal, suis revenu à la maison, ai relu la critique. M’en suis senti encore tout chose.
Ça fait un mois aujourd’hui que Nos échoueries a été lancé. Je ne suis pas habitué à autant «d’amour». Appelons ça comme ça. Ça fait du bien, beaucoup de bien.
Pis maudit que ça donne le goût d’écrire.

+++

Un lien vers la critique de Nos échoueries parue dans La Presse du 30 avril 2010.


Su’a yeule


J’suis là en train de brailler sur mon divan, complètement exténué. Le petit est malade, je sens le vomi, les bouteilles de bières de la partie de hockey de lundi dernier trainent encore sur le comptoir au travers de la vaisselle pas faite. Trop eu de travail, je n’ai fait que le nécessaire. Les enfants ont passé avant le reste, c’est certain. Trop de travail. Je viens juste de déposer un texte en retard pour une revue – je compte sur les doigts d’une main le nombre de fois que c’est arrivé. 
Mais c’est pas pour ça que je braille sur mon divan. C’est parce que je viens de lire un billet qu’a signé Joël Martel sur son blogue. Un coup de poing su’a yeule. Quelque chose qui te laisse en commotion. 
Pis quand on commotionne, c’est bien connu, on hallucine. Ça fait que moi, j’hallucine la naissance de mon plus jeune, sa première année de vie, les machines de l’hôpital, nos larmes éclaboussées dans tous les corridors de l’hosto. Puis j’hallucine le petit en couche dans mes bras, et le plus vieux, le regard vide sur la galerie de la voisine d’en face, à écouter hurler la maison incendiée. Je me sens défait à rebours et pourtant ça fait du bien. De me souvenir combien, au fond, nous avons été forts. 
Tiens le coup, Joël. Dans pas long tu vas te rendre compte que tu étais bien plus grand, bien plus fort que tu pensais. C’est vrai que les papas sont trop souvent oubliés. Mais la confiance qu’on t’accorde est méritée. Il n’y a rien de plus certain.

citation du mois d’avril: René Char


Voilà une citation que j’aurais dû trouver avant la publication de mon premier recueil de poésie, Des champs de mandragores… Mais on ne refait pas le temps.

«Imite le moins possible les hommes dans leur énigmatique maladie de faire des noeuds.»
René Char, Rougeur des matinaux.

Et une autre à réfléchir dans le cadre de ma démarche d’écriture, celle-ci de Sainte-Beuve… Une réflexion qui n’est pas sans faire écho à la mienne:

«Il faut écrire le plus possible comme on parle et ne pas trop parler comme on écrit.»
Charles-Augustin Sainte-Beuve, Les Cahiers.


Festival Mots et merveilles: la programmation


Programmation complète du festival Mots et merveilles:


Festival Mots et merveilles


Quand j’ai quitté Saint-Euphrasie, j’ai pensé que je réussirais à revenir jusqu’ici, jusqu’au Saguenay. Ça viendra, mais on dirait bien que je me suis enfargé dans les îles du fleuve, encore. J’avais d’abord peur d’être redondant, de m’embourber dans l’histoire de Nos échoueries et de ne pas savoir m’en sortir, mais de plus en plus, un autre univers se distingue. L’embryon de quelque chose se déploie.
Je ne saurai peut-être jamais me séparer du fleuve. Si j’ai quitté la côte, je peux peut-être m’amarrer près des îles le temps d’une autre histoire. Mais j’aurais besoin de voyager sur les îles pour y arriver vraiment. Je ne veux pas m’enfoncer dans de bourbeux clichés, ce serait trop facile. Et pour ça, ça prend des moyens que je n’ai pas…
Cela dit, j’ai tout de même une expérience de la mer, et de la solitude. Si bien que j’en ai déjà écrit quelques pages, pris plusieurs notes. Je lis d’ailleurs un court extrait de cette ébauche au Festival Mots et merveilles cette semaine. 
Mon gros problème depuis les dernières semaines, c’est que j’ai aussi envie de quelque chose de plus urbain. Quelque chose de sale, de poussiéreux, de charnel, de puant, de douloureux -  une autre ébauche se structure lentement, quelques pages par-ci, par-là. Je veux entre autres mettre en scène la frontière souvent diaphane qui sépare le dégoût et le désir…
Je suis donc encore pris entre deux récits… Et je refuse, pour l’heure, d’en rejeter un. Je veux sentir que ces projets d’écriture viennent, qu’ils se posent, qu’ils s’imposent. Je me demande parfois si je peux en écrire deux à la fois. D’autres l’ont fait. Mais c’est peut-être trop enthousiaste. Et je risquerais de m’emmêler.
En attendant, je laisse couler.

Nos échoueries dans Voir Montréal


Voilà qu’on est demain.
Avec le Devoir et le Voir, j’avoue être comblé.
Et j’ai le goût d’écrire, bordel. Le goût d’écrire. Parce que même si on ne pense pas à ça quand on écrit, c’est un sacré bon coup de pied au cul pour se relancer.

J’attendrai demain


Je peux maintenant en parler, je crois. Sans conjurer le sort, je veux dire.
La semaine dernière, je donnais une entrevue à une journaliste de Voir Montréal, qui publiera l’entrevue dès demain à propos de Nos échoueries. De plus, le même article pourrait être publié ailleurs dans le réseau de Voir – j’ai déjà une confirmation de Voir Mauricie, qui reprendra le papier au même moment.
La question s’est posée pour une publication dans Voir Saguenay, mais pour éviter toute apparence de conflit d’intérêt (même si je n’ai strictement rien à voir avec le choix de faire cet article), nous avons décidé de ne pas le proposer à nos lecteurs de la région. Cela ne m’empêchera pas de vous y référer dans les publications de mes collègues, évidemment!
J’attends avec impatience de pouvoir jeter un oeil à ce papier. Techniquement, j’aurais pu le faire, déjà. Mais je suis un romantique… J’attendrai demain.
J’attendrai demain.

Mots et merveilles


C’est déjà demain qu’aura lieu la première répétition du spectacle Mots et merveilles, auquel je participe. D’abord, nous nous croiserons autour d’un repas, puis nous nous mettrons nos textes en bouche.
J’ai hâte de m’en mettre plein la gueule… Un texte inédit. Une autre histoire de large…
J’ai hâte d’entendre les textes de mes collègues lecteurs (Christiane Laforge, Guy Lalancette, Marie Hélène Poitras, Dany Tremblay et Simon Philippe Turcot), hâte de voir ce que le conteur/animateur Luc Perron aura imaginé comme fil conducteur, hâte d’entendre les atmosphères musicales de Pascal Beaulieu, hâte de voir ce que François-Bernard Tremblay proposera comme mise en scène de nos lectures…
J’ai hâte, j’vous-l’ai-tu-dis?
En attendant, j’ai laissé tout le monde dans la maison aller se coucher – les enfants, ma blonde, même la chienne (qui ronfle), le chat et les oiseaux. Pour ma part, je vais encore un peu étirer la soirée, le temps d’au moins relire mon texte à voix basse, texte auquel je n’ai pas touché depuis deux semaines…
Je suis un peu stressé. Pas pour la lecture en tant que tel. Seulement, depuis quelques jours, je tousse. Évidemment. Et de plus en plus creux. Je me vois déjà au micro en train de m’excuser… Dit-il en toussant de plus belle. Eh, merde.
Je pense que je ne parlerai pas d’ici là. Et que je vais m’acheter une caisse de bouteilles d’eau, du sirop, des pastilles, un lampion… En forçant, tout ça devrait pouvoir être déductible d’impôt!

Note, Salon international du livre de Québec


Une note écrite un soir, épuisé d’une journée mémorable au Salon international du livre de Québec.
De loin, j’étais voyeur de leur bien-être. Et dans le brouhaha de la foule, je me suis rappelé un souvenir de petit gars. Lorsque c’était soir de cartes dans la cuisine, que des voisins et parents s’étaient agglutinés autour de la grande table familiale, même si l’heure de dormir était sonnée, je revenais parfois m’asseoir dans l’escalier, les surveillant sans être vu, baignant dans le magma de leurs voix emmêlées.


Critique de Nos échoueries (Devoir)


Me suis fait réveiller par les corneilles, qui ont décidé de s’attrouper autour de la maison depuis quelques jours. Une d’elle, surtout. Dans les grands cèdres roussis par le feu, près de la fenêtre de la chambre.
Me suis retourné dans tous les sens. Et j’ai su qu’il fallait que je me lève. Que ma corneille ne me laisserait pas dormir.
Le journal n’est pas encore dans la boîte aux lettres. Mais je n’en pouvais plus d’attendre. Je savais depuis quelques jours que paraîtrait une critique de Nos échoueries dans le Devoir. Si vous êtes abonnés, vous trouverez la critique ici. Autrement, c’est le journal qui arrive en kiosque ce matin (17 avril 2010).
Voilà, c’est fait. Ce livre vit, et vit bellement.

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