Archives Mensuelles: novembre 2009

Du sang sur Sainte-Geneviève


Y’a pas un chat chez l’Colonel
Sauf peut-être dans la friture
Y’a du sang sur Sainte-Geneviève
J’vas suivre ça juste pour être sûr

Là-bas un beau mariage d’oiseaux
Mais les trucks qui passent me rendent sourd
J’pensais pas qu’il f’rait si beau
Ça m’pogne en-d’dans, pis par en-d’sours

Mon ombre loin tombe dans l’foin
Me dit qu’c'est l’temps pour une fièvre
Y’a du sang sur Sainte-Geneviève
J’vas suivre ça mais pas bin loin


quelques vers: dans la coulée


dans la coulée poussent des malaises 

leurs branches comme des bras fous

moulins gris battant le vent 

les pieds nus 

dans les aiguilles de malaises 

me coule aigri et fou d’aise


Me suis jamais senti aussi con


Tout fier, tout à l’heure, je dépose un nouveau texte de commande, pour une monographie à paraître aux éditions Sagamie – la quatrième de ma plume. Je me frotte la bedaine, puis vigoureusement les mains, et je me décide à me lancer dans ce nouveau dossier (dix feuillets, et la recherche correspondante) que je dois écrire pour Lettres québécoises. En ouvrant mes dossier, l’horreur. La date de tombée avait été devancée. Au lieu du 22, c’est le 13 novembre. Genre: demain.

Me suis jamais senti aussi con, je crois.

J’en ai fait mention à mon client, qui comptait sur moi. J’attends toujours son verdict. Advienne que pourra.

S’il y a une chose que je déteste du fait d’avoir tout perdu dans un incendie, ce n’est pas, justement, d’avoir tout perdu. C’est d’avoir perdu, pendant les semaines qui ont suivi, ma concentration. Je me suis retrouvé incapable de retenir le moindre détail, et incapable, surtout, de travailler le soir et la fin de semaine.
Parce que trop occupé par les démarches rendues nécessaires par les circonstances.
Parce que trop forte l’urgence d’être avec mes fils et mon amoureuse.
Parce qu’incapable, comme dans le sens de juste pas capable.

Le pire, ce n’est pas de perdre ses choses. C’est de perdre ses moyens.


La voix du père


Souvent, ça se bouscule dans ma tête. De plus en plus souvent, en fait. Depuis quelques semaines, il y a comme une congestion quelque part dans ma conscience: se bousculent l’urgence d’écrire, quelques phrases gribouillées ici et là, des projets disjoints et irréconciliables qui se tressent et que je peine à dénouer.
J’ai ce début de roman, une quarantaine de pages, qui m’enthousiasmait beaucoup. Puis, je me suis demandé si ce n’était pas une suite inavouée du roman qui sera publié au printemps à la Peuplade, Du silence et des oiseaux moqueurs. Pas vraiment, c’est certain, mais le ton est proche. Et je suis effrayé à l’idée de ne pas en être sorti. Je l’ai donc mis de côté. Pour un temps.
Alors est venu cette voix. Celle d’un père qui parle à son fils. Celle que j’ai expérimentée à quelques reprises sur mon autre blogue, Champ de mines (lire Lettre à Damir 1, Lettre à Damir 2). C’est un ton de confidence que j’aime beaucoup, et même si c’est très intime, je me sens bien dans cette peau. À cette intuition s’est ajoutée la présence d’une mère penchée sur le corps de son fils. Et voilà que la fiction s’est brodée en belles auréoles de dentelles. Quelques pages seulement, mais beaucoup de promesses. Or, j’ai peur de cette nouvelle histoire. Peur qu’elle soit trop proche de moi. Je ne veux pas d’une bête auto-fiction. Je veux raconter. Inventer. Le Je est authentique, mais c’est un piège. Plus on s’en approche, plus il est difficile de le garder à distance.
Je suis donc pris entre deux textes, ce qui est encore plus inconfortable qu’être assis entre deux chaises. Et le plus étrange, c’est l’opposition des thèmes de chacun des textes. Le premier (celui dont j’ai déjà écrit une quarantaine de pages) traite de l’absence du père. Le second traite plutôt de sa présence.
Je conçois que les deux extrêmes auraient pu être réconciliés au sein d’une même trame narrative, mais il s’agit de deux trames trop éloignées. Et toutes les fois que j’ai tenté de rassembler des morceaux à ce point disjoints, j’ai toujours dû me rendre à l’évidence: c’est une erreur.
Me voilà dans une impasse. Et ça continue de se bousculer dans ma tête.

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