Souvent, ça se bouscule dans ma tête. De plus en plus souvent, en fait. Depuis quelques semaines, il y a comme une congestion quelque part dans ma conscience: se bousculent l’urgence d’écrire, quelques phrases gribouillées ici et là, des projets disjoints et irréconciliables qui se tressent et que je peine à dénouer.
J’ai ce début de roman, une quarantaine de pages, qui m’enthousiasmait beaucoup. Puis, je me suis demandé si ce n’était pas une suite inavouée du roman qui sera publié au printemps à la Peuplade, Du silence et des oiseaux moqueurs. Pas vraiment, c’est certain, mais le ton est proche. Et je suis effrayé à l’idée de ne pas en être sorti. Je l’ai donc mis de côté. Pour un temps.

Alors est venu cette voix. Celle d’un père qui parle à son fils. Celle que j’ai expérimentée à quelques reprises sur mon autre blogue,
Champ de mines (lire
Lettre à Damir 1,
Lettre à Damir 2). C’est un ton de confidence que j’aime beaucoup, et même si c’est très intime, je me sens bien dans cette peau. À cette intuition s’est ajoutée la présence d’une mère penchée sur le corps de son fils. Et voilà que la fiction s’est brodée en belles auréoles de dentelles. Quelques pages seulement, mais beaucoup de promesses. Or, j’ai peur de cette nouvelle histoire. Peur qu’elle soit trop proche de moi. Je ne veux pas d’une bête auto-fiction. Je veux raconter. Inventer. Le Je est authentique, mais c’est un piège. Plus on s’en approche, plus il est difficile de le garder à distance.
Je suis donc pris entre deux textes, ce qui est encore plus inconfortable qu’être assis entre deux chaises. Et le plus étrange, c’est l’opposition des thèmes de chacun des textes. Le premier (celui dont j’ai déjà écrit une quarantaine de pages) traite de l’absence du père. Le second traite plutôt de sa présence.
Je conçois que les deux extrêmes auraient pu être réconciliés au sein d’une même trame narrative, mais il s’agit de deux trames trop éloignées. Et toutes les fois que j’ai tenté de rassembler des morceaux à ce point disjoints, j’ai toujours dû me rendre à l’évidence: c’est une erreur.
Me voilà dans une impasse. Et ça continue de se bousculer dans ma tête.