Archives Mensuelles: août 2009

Un salon qui n’est pas vraiment le mien, 21 août 2009


C’est quand le silence survient soudainement, entre le passage de deux voitures.
C’est quand la télé est éteinte et que je fixe le boulevard.
C’est quand mon portable est trop chaud sur mes cuisses, et que je sens que j’ai les testicules qui cuisent, et que je suis en train de tuer tout ce qui aurait pu me rester de possibilités de descendance.
C’est quand ça recommence à bourdonner parce qu’un nouveau flux de voitures, comme un troupeau de bétail mécanique, se rue vers le nord.
C’est quand je me retrouve seul dans cette pièce vide, dans ce silence qui n’en est jamais un très longtemps, que je sais que je ne suis pas chez moi.
Que je ne le serai peut-être plus.


Saint-Siméon, 7 août 2009


Dans le havre encaissé au côté du quai, une canette de Pepsi qui darde l’oeil des reflets du soleil horizontal; des brassées d’algues brunes et bulbeuses; les lignes tendues des pêcheurs, les jambes croisées, la casquette enfoncée sur les yeux, à s’esclaffer avec les passants, à caresser le chien d’un autre, à ouvrir une nouvelle canette.
Ils ne vont plus guère là pour le poisson, les pêcheurs. Peut-être l’éperlan n’aura-t-il jamais eu d’importance, en fait. Bien alignés dans leurs chaises de camping et appuyés sur le muret de béton effrité qui ceinture le quai, qu’y a-t-il de différent entre capturer le poisson et le maudire de ne pas mordre?
Le banc se tient plus loin, beaucoup plus loin, entre le quai et l’île. Là font le dos rond quelques bélugas qui se gavent. Des touristes comme moi s’appuient à la rambarde rouille et s’arrachent les yeux pour voir poindre les demi-lunes blanches, pointant le bétail en échappant quelques exclamations de bonheur convenu. On prend des photos de quelques taches blanches, comme si l’image pouvait être moins floue que le souvenir.
La marée soulève un bateau amarré tout près. On espère encore quelques prises. Mais il faudra être patient. Ça oui. Il faudra être patient.


En attendant…


Toujours pas de nouvelles de mon éditeur. Il faut dire qu’avec l’incendie de ma maison, le 25 juin dernier, mon dépôt a passablement retardé.

De toute façon, je ne me fais pas trop d’illusions. Même si j’aime ce que j’ai écrit, même si mes premiers lecteurs semblent aussi avoir apprécié, quand vient le temps d’éditer, d’autres variables entrent en ligne de compte. Alors j’attends…


En attendant, justement, j’ai eu quelques encouragements. Deux autres éditeurs m’ont contacté récemment. Ils me connaissent pour mes chroniques, entre autres, et pour mon boulot dans quelques revues… Quand ils ont entendu parler de ce roman que j’avais sauvé des flammes, ils m’ont fait savoir qu’ils seraient intéressés à y jeter un oeil. C’est rassurant de savoir que d’autres portes sont entrouvertes, même si dans chaque cas, on est loin de la coupe aux lèvres.

Mais en attendant, je n’ai plus trop le coeur à écrire. C’est souvent le cas quand je vis quelque chose de trop intense. J’ai l’impression que tout ce que j’écris tourne autour de ça. Que je gratte le bobo. Et je n’aime pas souvent ce que ça donne. Très rarement, en fait.

Pour ne pas perdre la main malgré tout, je m’astreint à un petit exercice régulier. C’est simple: je narre ma vie. C’est un exercice pas trop sorcier: il suffit de s’arrêter et de prendre le temps. Comment aurais-je pu décrire ce qui est en train de se produire? Quelles sont les particularités de l’ambiance qui mériteraient que je m’y attarde? Parfois je l’écris, pas toujours, je prends seulement le temps de me raconter ma propre vie. C’est parfois schizophrénique, mais c’est en même temps une activité fort agréable. Ça transforme les moindres activités en une mise en scène vaguement littéraire.

Mais l’attente ne durera pas toujours. Je vous tiendrai au courant.


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