Grace à Skype, j’ai pu avoir une petite réunion avec deux membres de mon cercle de lecteurs, cette semaine. L’exercice a été plutôt concluant. Comme je le craignais, et comme il le craignait lui aussi, mon ami J., qui me connaît beaucoup et connaît mes références, a eu beaucoup de difficulté à se détacher du réel. Il cherchait à reconnaître les personnages, les lieux, soulignait les clins d’oeil que je faisais à l’une ou l’autre des expériences que nous avons partagées naguère. Ce n’est évidemment pas autobiographique, mais on ne se sort pas de ce qu’on connaît. Bruno Roy m’a dit un jour «Il faut dire Je. Ça ne peut être autrement.» À ce moment-là, j’étais fort sur la narration à la deuxième personne, et je m’étais un peu obstiné. Il m’avait servi un sourire et un regard presque paternel, et m’avait expliqué son point de vue. Aujourd’hui, je crois que ce n’était pas qu’une question de pronom…
Donc, mon ami J. m’a donné sa compréhension du livre, soulignant quelques points intéressants sur les plans historique et patrimonial, mais c’est surtout sa conjointe, B., qui, grâce à son détachement, a soulevé les points les plus pertinents, littérairement parlant. Par exemple, un personnage dont quelque action ne correspond pas à la personnalité… Un chapitre, aussi, dont les métaphores partent trop dans tous les sens. Je ne l’avais pas vu comme ça, mais c’est vrai. (C’est justement l’utilité d’avoir un premier cercle de lectures…) Et bien d’autres choses aussi.
J’avoue avoir été flatté, aussi. B. est une grande lectrice, et elle m’a mentionné avoir été surprise qu’un jeune auteur comme moi ait déjà un style aussi affirmé. C’était sans doute le plus beau commentaire qu’on pouvait me faire pour me rassurer pour la suite des choses. Tiens, j’en ai encore un frisson.
En tout cas, la chance que j’ai eue d’avoir à l’écran deux lecteurs en même temps m’a permis de voir se confronter, à quelques reprises, deux compréhensions de mon récit. Ceux qui m’ont déjà entendu lire mes textes en public – ou qui ont lu Des champs de mandragores – savent que je n’aime pas enfermer le sens. Mais cultiver l’équivoque demande une juste mesure, et leur intervention (celle de J. et B.) m’aura fait voir des passages qui devront peut-être être resserrés sur le plan du sens. Et d’autres passages où j’ai parfaitement réussi mon effet – i.e. que l’un avait compris A, l’autre avait compris Z, et c’est justement sur les pistes de A et Z que je voulais attirer le lecteur… J’étais particulièrement satisfait de cela.
Je travaillerai donc ces points majeurs dont nous avons parlé pendant la fin de semaine. J’espérais recevoir leur manuscrit annoté aujourd’hui pour pouvoir pousser plus loin mon travail ce week-end, mais il semble que je devrai attendre. Pas grave, de toute façon je dois encore rencontrer P.O. avant de finaliser mes corrections et ajustements. Et de toute façon, nous avons, semble-t-il, réussi à parler de l’essentiel de leurs commentaires, le reste étant des points plus ponctuels. J’ai pris beaucoup de notes pendant notre discussion. J’ai déjà du boulot pour bien plus que le temps que je n’en aurai…
Ce premier cercle de lecteurs est donc une expérience qui aura été d’une indéniable efficacité. Beaucoup de boulot encore – je m’y attendais. Rien n’est parfait dans ce monde. Mais l’assurance de n’être pas le seul à apprécier mon récit.